lundi 30 mars 2026

La reprise post-pandémique a été plus forte que prévu, mais pas pour tout le monde

« L'économie mondiale a connu une reprise particulièrement vigoureuse après la pandémie. Cinq ans après la récession mondiale de 2020, le revenu mondial par tête est supérieur d’environ 10 % à son niveau de 2019, ce qui en fait un rebond plus vigoureux que celui qui a suivi la crise financière mondiale de 2009. Cette résilience est extraordinaire compte tenu de la succession de chocs qui ont suivi la pandémie : les graves perturbations des chaînes d'approvisionnement, la flambée de l'inflation, le resserrement monétaire mondial sans précédent depuis des décennies et la montée des tensions géopolitiques.

Pourtant, ce succès apparent masque une réalité inconfortable : la reprise a été profondément inégale. Si les économies avancées ont connu un fort rebond, de nombreuses économies émergentes et en développement, en particulier les plus vulnérables, peinent encore à regagner le terrain perdu. Cette divergence est cruciale, car plusieurs de ces économies devront créer des millions d’emplois pour répondre aux besoins de leurs populations jeunes en forte croissance dans les années à venir.

Deux récessions mondiales, deux reprises différentes

Le monde a connu deux récessions mondiales au cours du premier quart du vingt-et-unième siècle : en 2009, lors de la crise financière mondiale, et en 2020, lorsque la pandémie de Covid-19 a déclenché la plus forte contraction mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale. La récession de 2020 a également été la plus synchronisée de ces dernières décennies, avec près de 90 % des économies ayant enregistré une baisse de leur PIB par habitant. L’activité économique s’est effondrée, car les gouvernements ont mis en place des confinements et des restrictions aux voyages pour contenir la propagation du virus.

Malgré la gravité du ralentissement initial, la reprise qui a suivi s'est révélée remarquablement résiliente. Cinq ans après la pandémie, le PIB mondial par tête a augmenté d'environ 10 % par rapport à son niveau de 2019 (cf. graphique 1). Cependant, cette vigueur mondiale masque d'importantes différences entre les pays.

Un fossé grandissant entre les économies avancées et les économies émergentes et en développement

Les économies avancées ont connu une reprise vigoureuse. Au cours des cinq années (2021-2025) qui ont suivi la récession mondiale liée à la pandémie, leur PIB par tête a augmenté d'environ 13 %, soit près du double du rythme enregistré lors de la reprise qui a suivi la récession mondiale de 2009.

A l’inverse, la reprise a été nettement plus faible dans les économies émergentes et en développement. Leur croissance cumulée du revenu par habitant entre 2021 et 2025 a été inférieure d'environ trois points de pourcentage à celle observée lors de la reprise qui a suivi la crise financière mondiale. Plus frappant encore, plusieurs de ces économies ne se sont pas encore pleinement remises du choc pandémique. Dans plus d'un quart des économies émergentes et en développement, le PIB par tête en 2025 est resté inférieur au niveau qu’il atteignait à la veille de la pandémie (cf. graphique 2). Dans les économies avancées, en revanche, le PIB par habitant a dépassé son niveau d'avant la pandémie (2019) dans près de 90 % des pays.

Les économies vulnérables prennent encore plus de retard

Les reprises les plus faibles se sont concentrées dans les économies les plus vulnérables, les pays éligibles à l’aide de l’Association internationale de développement (IDA), les pays à faible revenu et les pays fragiles ou touchés par un conflit. Dans près de 60 % des pays fragiles ou touchés par un conflit, le PIB par tête en 2025 reste inférieur à son niveau d’avant la pandémie.

La faiblesse de la reprise efface en partie des décennies de progrès en matière de convergence des revenus avec les économies avancées. Au lieu de rattraper progressivement le niveau de vie des pays avancés, de nombreuses économies vulnérables accusent désormais un retard encore plus important. Entre 2019 et 2025, l'écart de revenu par tête entre les pays à faible revenu et les économies avancées s'est creusé d'environ 10 % (cf. graphique 3). Dans les pays fragiles et touchés par un conflit, cet écart s'est encore davantage creusé.

Dans l’ensemble des régions du monde, la tendance est globalement similaire. De nombreuses économies d’Afrique subsaharienne, d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que certaines parties du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ont connu un ralentissement de la convergence des revenus avec les économies avancées depuis la pandémie (cf. graphique 4).

Un défi croissant en matière d'emploi

La faiblesse des reprises a d’importantes répercussions sur les marchés du travail mondiaux. Au cours de la prochaine décennie, 1,2 milliard de jeunes devraient entrer sur le marché du travail dans les pays émergents et en développement. Parallèlement, la croissance est devenue plus difficile à générer dans le contexte mondial post-pandémique.

Cette situation accentue ce qui constitue déjà un défi majeur pour le développement : créer suffisamment d’emplois pour une population jeune en forte croissance. La pression est particulièrement forte dans les économies les plus vulnérables, où les jeunes représentent une part beaucoup plus importante de la population que dans les autres pays en développement (cf. graphique 5). Sans croissance plus soutenue, les marchés du travail de plusieurs de ces économies auront du mal à absorber les nouveaux entrants.

Une marge de manœuvre de politique économique limitée et un environnement extérieur plus difficile

Les contraintes pesant sur les politiques conjoncturelles ont également contribué à la divergence des reprises. Avant la crise financière mondiale, de nombreuses économies émergentes et en développement avaient constitué des marges de manœuvre grâce à des réformes soutenues et à une gestion macroéconomique rigoureuse. Ces marges leur ont permis de mettre en œuvre des politiques budgétaires et monétaires contracycliques afin de soutenir l'activité économique pendant la récession de 2009 (cf. graphique 6). À l'inverse, plusieurs pays émergents et en développement ont abordé la pandémie avec une dette publique plus élevée et des déficits budgétaires plus importants, ce qui a limité leur capacité à répondre au choc et à soutenir la reprise.

Dans le même temps, le contexte international est devenu considérablement plus difficile. La croissance du commerce mondial a fortement ralenti, en partie à cause de la multiplication des restrictions commerciales qui a fait grimper à des niveaux records l'incertitude en matière de politique économique. Les tensions géopolitiques se sont intensifiées, contribuant à des prix du pétrole plus élevés, à une plus forte incertitude et à une plus forte volatilité sur les marchés mondiaux des matières premières. […] »

M. Ayhan Kose, Jiwon Lee & Naotaka Sugawara, « The post-pandemic recovery: Stronger than expected, but not for everyone », Banque mondiale, 18 mars 2026. Traduit par Martin Anota

 

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