« J'éprouve une certaine gêne à contribuer au déluge d'articles sur l'intelligence artificielle. J'y ai déjà contribué : dans un billet sur la manière dont les communications numériques changent la vie quotidienne en Chine, dans un autre sur la manière dont Marx et les néoclassiques pourraient envisager le rôle de l'intelligence artificielle et plus récemment dans une réflexion sur la structure sociale d'une société dystopique que certains redoutent. Ce dernier billet, associé avec mes écrits sur l'homoploutie aux États-Unis et aux contributions de Nils Gilman, constitue la base d'un article que nous avons coécrit et qui paraîtra prochainement dans la revue Noema.
lundi 14 septembre 2026
Trois courants de réflexion sur l’IA
jeudi 3 septembre 2026
Pourquoi le fait d’avoir ou non des enfants explique aujourd’hui l’essentiel des inégalités salariales de genre dans les pays riches
« À l'échelle mondiale, les femmes perçoivent environ un tiers du revenu total du travail : leur part a augmenté, passant d'environ 29 % dans les années 1990 à près de 35 % aujourd'hui, selon les estimations du World Inequality Lab. Ce chiffre reste toutefois bien inférieur aux 50 % que l'égalité impliquerait. L'écart de rémunération entre les sexes s'est peut-être réduit, mais il reste important.
mardi 7 juillet 2026
Les arguments contre la décroissance s’effritent
Une réponse au Financial Times
« Le 26 juin 2026, le Financial Times publiait un article intitulé "The shrinking arguments for degrowth". Ecrit par John Burn-Murdoch, responsable des données du Financial Times, cette tribune affirmait que "l'idée que la croissance économique soit un obstacle à l'amélioration de notre situation est au mieux dépassée, dans bien des cas une mésinterprétation des données". Il développe sa démonstration en cinq étapes : (1) la croissance économique réduit l'impact environnemental, (2) éradique la pauvreté, (3) augmente tous les salaires et (4) améliore le bien-être, si bien que (5) la décroissance est une très mauvaise idée (d'où le titre de l'article). J'examine chacune de ces affirmations et montre qu'aucune ne résiste à un examen attentif.
jeudi 16 avril 2026
La capitalisation du monde : comment se répartissent les revenus du patrimoine dans le monde ?
« Entre 2000 et 2020, le PIB mondial a augmenté de plus de 60 % en termes réels. Parallèlement, la part des revenus du capital (revenus du patrimoine, anciennement appelés "revenus non gagnés" ou revenus ne nécessitant pas de travail) dans le PIB a augmenté dans la plupart des pays. La hausse de la part des revenus du capital dans le PIB, observée notamment dans les données de la comptabilité nationale, se retrouve également dans la hausse de la part des revenus du capital perçue par les individus, telle qu’elle transparaît des enquêtes réalisées auprès des ménages. Cet aspect a toutefois été peu étudié dans la littérature récente, en particulier à l'échelle mondiale. Quelle est la part des revenus du capital dans les revenus des ménages à travers le monde et dans quelle mesure sa répartition entre les individus est-elle inégale ?
vendredi 3 avril 2026
Quelle convergence des revenus en Europe ?
« La question de la convergence des revenus au sein de l'Union européenne a récemment fait l’objet de nombreux débats. Il y a deux grandes raisons à cela. D’une part, qu’on les considère au prisme des indicateurs macroéconomiques (comme le PIB par tête) ou des données d'enquêtes réalisées auprès des ménages telles que l'enquête SILC, il est indéniable que les inégalités entre pays et entre individus se sont réduites au sein des 27 pays-membres de l’UE. D’autre part, cette convergence s'opère alors qu'il n'y a pas de convergence entre l'UE dans son ensemble (ni même entre ses plus grands pays-membres) et les États-Unis. Ce dernier point a été particulièrement mis en avant récemment en raison des tensions dans les relations entre les deux pôles occidentaux. Le manque de convergence a d'abord été évoqué par Trump pour démontrer la persistance de la supériorité américaine, puis par ses détracteurs qui ont affirmé que cette absence de convergence était simplement due au fait que les Européens, par choix, travaillent moins et que la productivité horaire peut être égale, voire supérieure, dans certains pays européens qu'aux États-Unis.
vendredi 30 janvier 2026
Les inégalités et la santé : un lien voilé par les brumes du temps ?
« Lorsque les chercheurs tentent de comprendre si la montée des inégalités nuit à la santé, ils obtiennent souvent des résultats déroutants. À un instant donné, les sociétés plus inégalitaires ont tendance à présenter une plus mauvaise santé, une mortalité plus élevée et un éventail plus large de problèmes sociaux. Pourtant, lorsque les chercheurs examinent l'évolution des inégalités au cours du temps (notamment à court et moyen termes), les effets attendus semblent souvent disparaître. Certains en sont venus à conclure que, peut-être, les inégalités n’importent pas.
jeudi 9 octobre 2025
Les inégalités mondiales dans une perspective historique et comparative (2/2)
« La première partie de mon exposé a passé en revue les tendances suivies par les inégalités mondiales dans une perspective historique et comparative de long terme.
mardi 30 septembre 2025
Comment contrôler la tendance des nouvelles technologies à creuser les inégalités de revenus ?
« Le problème. Les nouvelles technologies, comme toutes les avancées technologiques depuis la Révolution industrielle, visent à remplacer le travail humain par des machines, dans un sens large. En ce sens, l'intelligence artificielle n’est pas très différente de la mule-jenny introduite dans l'industrie cotonnière dans les années 1820 : elle remplace le travail humain, mais le fait désormais à un niveau de compétences humaines plus élevé que les technologies passées. (À bien des égards, de telles évolutions étaient prévisibles parce qu’il y avait historiquement une augmentation inexorable du niveau de qualification de la main-d'œuvre remplacée par des machines, commençant par des tâches non qualifiées et répétitives effectuées par de la main-d’œuvre esclave, puis augmentant sans cesse.)
mardi 9 septembre 2025
Le Capital au XXIe siècle, dix ans après
« Dans cet article, je propose quelques remarques et réflexions personnelles à l'occasion du dixième anniversaire de la publication du Capital au XXIe siècle (2014) et du cinquième anniversaire de la publication de Capital et Idéologie (2020). Je reviens aussi sur l'évolution de mes travaux jusqu'à Une brève histoire de l'égalité (2022) et Une histoire du conflit politique [2025], avec Julia Cagé. Je dresse également des perspectives sur la transformation en cours des dynamiques des inégalités mondiales.
mercredi 20 août 2025
Les inégalités aux Etats-Unis (5/5) : une financiarisation prédatrice
« […] La semaine dernière, j'avais noté que les plus grosses fortunes en Amérique se fondent désormais principalement sur des quasi-monopoles technologiques. Mais si l'on poursuit un peu dans le classement Forbes 400, on voit un certain nombre de ploutocrates qui ont gagné des dizaines de milliards dans la finance, en particulier grâce aux fonds spéculatifs. Ceux-ci comptent des personnalités comme Stephen Schwarzman, qui a comparé les efforts visant à supprimer une niche fiscale favorable à Wall Street à l'invasion de la Pologne par Hitler, et Ken Griffin, un méga-donateur républicain.
vendredi 15 août 2025
Les inégalités aux Etats-Unis (4/5) : les oligarques et l'essor des mégafortunes
« […] Ceci est le dernier billet d'une série d'introductions aux inégalités ; voici le première, la deuxième et la troisième parties. Aujourd'hui, je me focaliserai sur l'extrême concentration des richesses : la montée de l'oligarchie américaine. […] Je finirai par évoquer les conséquences politiques et sociales de la concentration extrême des richesses et la manière par laquelle elle mine la démocratie. Mais cela devra attendre d'autres billets.
mardi 5 août 2025
Le nouveau capitalisme (3/3) : le capital
Pourquoi le capital est-il si concentré et pourquoi si peu de gens en possèdent ?
« Ceci est le troisième (et dernier) volet de mes courts essais sur le nouveau capitalisme. Cet essai traite des revenus tirés de la propriété d'actifs productifs et financiers que j'appellerai, par souci de simplicité, "revenus du capital". Il y a trois choses importantes à retenir sur les revenus du capital dans le nouveau capitalisme.
lundi 4 août 2025
Les inégalités aux Etats-Unis (3/5) : l’impact des droits de douane
« La semaine dernière, j'avais promis que le billet de cette semaine dans ma série d'introductions aux inégalités se focaliserait sur l'essor des fortunes géantes depuis 2000. Je vais rompre cette promesse et reporter ce billet […].
jeudi 31 juillet 2025
Le nouveau capitalisme (2/3) : inégalités compositionnelles versus inégalités de revenu
Toutes les sociétés de classes sont-elles inégales ?
« Dans mon dernier Substack, j'ai abordé le concept d'homoploutia. En bref, pour ceux qui n'auraient pas envie de (re)lire mon article en entier, il repose sur l'observation empirique selon laquelle, dans les sociétés capitalistes modernes, une part croissante des riches est riche à deux niveaux : une part croissante des riches appartient simultanément aux travailleurs les mieux payés et aux capitalistes les plus riches. J'opérationnalise cette idée en examinant le décile supérieur des revenus après impôts, le décile supérieur de la répartition des revenus du travail (les salaires) et le décile supérieur de la répartition des revenus du capital (rentes, dividendes et intérêts) dans une vingtaine de pays. Il s'avère que près d'un tiers des Américains du dernier décile de la répartition des revenus sont "homoploutiques" (homoploutic), c'est-à-dire qu'ils sont à la fois les travailleurs les mieux payés et les capitalistes les plus riches. C’est une élite représentant environ 3 % des Américains. Cette élite, comme je l'explique dans cet article, dans Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone) et dans mon prochain ouvrage The Great Global Transformation, n’est pas similaire à la fameuse classe moyenne professionnelle, ou classe des cadres managériaux. Idéologiquement, elle est fortement pro-capitaliste et en faveur de la propriété privée, car elle réalise, en elle-même, la fusion du capital et du travail. C'est pourquoi l'élite défend avec force les droits du capital, la faible imposition des revenus du capital et de la richesse, et tout ce qui va avec. Cet aspect idéologique néolibéral de la nouvelle élite capitaliste ne doit pas être négligé.
lundi 28 juillet 2025
Les inégalités aux Etats-Unis (2/5) : l'importance du pouvoir des travailleurs
« Pendant plus d'une génération après la Seconde Guerre mondiale, les disparités de revenus aux États-Unis ont été relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais rien ne ressemblait aux inégalités extrêmes, à la fragmentation économique et à la lutte des classes que l’on voit aujourd'hui.
jeudi 24 juillet 2025
Le nouveau capitalisme (1/3)
Les capitalistes les plus riches et les travailleurs les mieux rémunérés sont de plus en plus les mêmes personnes
« Je l'ai qualifié de "nouveau capitalisme" dans mon livre de 2019, Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone). Qu'est-ce qui est nouveau ? Dans le capitalisme classique des économistes européens du dix-neuvième siècle, les sociétés capitalistes étaient composées de deux classes : ceux qui possèdent le capital (ou, selon la terminologie marxiste, "les moyens de production") et ceux qui n’en possèdent et qui, pour survivre, vendent leur force de travail aux capitalistes. C'était une vision approximative, mais pas inexacte, du monde tel qu'il existait dans les économies avancées du dix-neuvième et du début du vingtième siècle. (Dans les économies moins avancées, la propriété foncière et le pouvoir politique, souvent associé à la propriété foncière, jouaient un plus grand rôle).
mardi 22 juillet 2025
Les inégalités aux Etats-Unis (1/5) : pourquoi l'écart s'est-il creusé entre les riches et les autres ?
« Entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1970, les disparités de revenus aux États-Unis étaient relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais les inégalités globales entre les Américains en termes de richesse, de revenus et de statut social étaient suffisamment faibles pour que le pays ait un sentiment d’une prospérité partagée. Les choses sont bien différentes aujourd'hui, comme la société américaine est minée par des inégalités extrêmes, par une fragmentation économique et par la lutte des classes.
lundi 19 mai 2025
Les économistes orthodoxes sont incapables d’expliquer les inégalités domestiques et la compétition entre les nations
« Dans un excellent article récemment publié, "War and International politics" ("Guerre et politique internationale"), en accès libre, John Mearsheimer présente une version succincte de la théorie réaliste des relations internationales, appliquée au monde multipolaire actuel. Il se focalise sur l’inévitabilité de la guerre due à la façon par laquelle le système international est structuré : une anarchie où aucun pays ne jouit d'un monopole du pouvoir comparable à celui de l'État en politique domestique et donc sans personne pour faire respecter les règles. Il critique les penseurs libéraux pour leur naïveté de croire (dans les années 1990) que les guerres prendraient fin et que la politique des grandes puissances deviendrait obsolète. (Une vision naïve similaire a également été ridiculisée par Karl Polanyi dans La Grande Transformation.) Mearsheimer l'explique en partie par le fait que de nombreux penseurs libéraux ont atteint leur maturité intellectuelle à l'époque unipolaire, quand de tels rêves, sans rapport avec les réalités historiques, pouvaient être entretenus.
lundi 14 avril 2025
Le fétichisme de la Bourse
« Les récentes turbulences sur le marché boursier provoquées par la mesure inconsidérée de Donald Trump d’imposer des droits de douane au monde entier, ont soulevé une question légitime : quelle est la bonne attitude à avoir face aux effondrements et krachs du marché boursier ? C’est une question qui se pose indépendamment de la chaîne de décisions et d'événements qui ont entraîné la récente chute des cours boursiers.
jeudi 12 décembre 2024
Les différentes sources de mobilité intergénérationnelle des revenus dans les familles à revenus faibles et élevés
« Les inégalités de revenus persistent, affectant l'emploi, l'éducation et le patrimoine dans la mobilité intergénérationnelle.
