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mardi 7 juillet 2026

Les arguments contre la décroissance s’effritent

Une réponse au Financial Times



« Le 26 juin 2026, le Financial Times publiait un article intitulé "The shrinking arguments for degrowth". Ecrit par John Burn-Murdoch, responsable des données du Financial Times, cette tribune affirmait que "l'idée que la croissance économique soit un obstacle à l'amélioration de notre situation est au mieux dépassée, dans bien des cas une mésinterprétation des données". Il développe sa démonstration en cinq étapes : (1) la croissance économique réduit l'impact environnemental, (2) éradique la pauvreté, (3) augmente tous les salaires et (4) améliore le bien-être, si bien que (5) la décroissance est une très mauvaise idée (d'où le titre de l'article). J'examine chacune de ces affirmations et montre qu'aucune ne résiste à un examen attentif.

jeudi 16 avril 2026

La capitalisation du monde : comment se répartissent les revenus du patrimoine dans le monde ?

« Entre 2000 et 2020, le PIB mondial a augmenté de plus de 60 % en termes réels. Parallèlement, la part des revenus du capital (revenus du patrimoine, anciennement appelés "revenus non gagnés" ou revenus ne nécessitant pas de travail) dans le PIB a augmenté dans la plupart des pays. La hausse de la part des revenus du capital dans le PIB, observée notamment dans les données de la comptabilité nationale, se retrouve également dans la hausse de la part des revenus du capital perçue par les individus, telle qu’elle transparaît des enquêtes réalisées auprès des ménages. Cet aspect a toutefois été peu étudié dans la littérature récente, en particulier à l'échelle mondiale. Quelle est la part des revenus du capital dans les revenus des ménages à travers le monde et dans quelle mesure sa répartition entre les individus est-elle inégale ?

vendredi 3 avril 2026

Quelle convergence des revenus en Europe ?

« La question de la convergence des revenus au sein de l'Union européenne a récemment fait l’objet de nombreux débats. Il y a deux grandes raisons à cela. D’une part, qu’on les considère au prisme des indicateurs macroéconomiques (comme le PIB par tête) ou des données d'enquêtes réalisées auprès des ménages telles que l'enquête SILC, il est indéniable que les inégalités entre pays et entre individus se sont réduites au sein des 27 pays-membres de l’UE. D’autre part, cette convergence s'opère alors qu'il n'y a pas de convergence entre l'UE dans son ensemble (ni même entre ses plus grands pays-membres) et les États-Unis. Ce dernier point a été particulièrement mis en avant récemment en raison des tensions dans les relations entre les deux pôles occidentaux. Le manque de convergence a d'abord été évoqué par Trump pour démontrer la persistance de la supériorité américaine, puis par ses détracteurs qui ont affirmé que cette absence de convergence était simplement due au fait que les Européens, par choix, travaillent moins et que la productivité horaire peut être égale, voire supérieure, dans certains pays européens qu'aux États-Unis.

vendredi 30 janvier 2026

Les inégalités et la santé : un lien voilé par les brumes du temps ?

« Lorsque les chercheurs tentent de comprendre si la montée des inégalités nuit à la santé, ils obtiennent souvent des résultats déroutants. À un instant donné, les sociétés plus inégalitaires ont tendance à présenter une plus mauvaise santé, une mortalité plus élevée et un éventail plus large de problèmes sociaux. Pourtant, lorsque les chercheurs examinent l'évolution des inégalités au cours du temps (notamment à court et moyen termes), les effets attendus semblent souvent disparaître. Certains en sont venus à conclure que, peut-être, les inégalités n’importent pas.

jeudi 9 octobre 2025

Les inégalités mondiales dans une perspective historique et comparative (2/2)

« La première partie de mon exposé a passé en revue les tendances suivies par les inégalités mondiales dans une perspective historique et comparative de long terme.

mardi 30 septembre 2025

Comment contrôler la tendance des nouvelles technologies à creuser les inégalités de revenus ?

« Le problème. Les nouvelles technologies, comme toutes les avancées technologiques depuis la Révolution industrielle, visent à remplacer le travail humain par des machines, dans un sens large. En ce sens, l'intelligence artificielle n’est pas très différente de la mule-jenny introduite dans l'industrie cotonnière dans les années 1820 : elle remplace le travail humain, mais le fait désormais à un niveau de compétences humaines plus élevé que les technologies passées. (À bien des égards, de telles évolutions étaient prévisibles parce qu’il y avait historiquement une augmentation inexorable du niveau de qualification de la main-d'œuvre remplacée par des machines, commençant par des tâches non qualifiées et répétitives effectuées par de la main-d’œuvre esclave, puis augmentant sans cesse.)

mardi 9 septembre 2025

Le Capital au XXIe siècle, dix ans après

« Dans cet article, je propose quelques remarques et réflexions personnelles à l'occasion du dixième anniversaire de la publication du Capital au XXIe siècle (2014) et du cinquième anniversaire de la publication de Capital et Idéologie (2020). Je reviens aussi sur l'évolution de mes travaux jusqu'à Une brève histoire de l'égalité (2022) et Une histoire du conflit politique [2025], avec Julia Cagé. Je dresse également des perspectives sur la transformation en cours des dynamiques des inégalités mondiales.

mercredi 20 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (5/5) : une financiarisation prédatrice

« […] La semaine dernière, j'avais noté que les plus grosses fortunes en Amérique se fondent désormais principalement sur des quasi-monopoles technologiques. Mais si l'on poursuit un peu dans le  classement Forbes 400, on voit un certain nombre de ploutocrates qui ont gagné des dizaines de milliards dans la finance, en particulier grâce aux fonds spéculatifs. Ceux-ci comptent des personnalités comme Stephen Schwarzman, qui a comparé les efforts visant à supprimer une niche fiscale favorable à Wall Street à  l'invasion de la Pologne par Hitler, et Ken Griffin, un méga-donateur républicain.

vendredi 15 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (4/5) : les oligarques et l'essor des mégafortunes

« […] Ceci est le dernier billet d'une série d'introductions aux inégalités ; voici le première, la deuxième et la troisième parties. Aujourd'hui, je me focaliserai sur l'extrême concentration des richesses : la montée de l'oligarchie américaine. […] Je finirai par évoquer les conséquences politiques et sociales de la concentration extrême des richesses et la manière par laquelle elle mine la démocratie. Mais cela devra attendre d'autres billets.

mardi 5 août 2025

Le nouveau capitalisme (3/3) : le capital

Pourquoi le capital est-il si concentré et pourquoi si peu de gens en possèdent ?


« Ceci est le troisième (et dernier) volet de mes courts essais sur le nouveau capitalisme. Cet essai traite des revenus tirés de la propriété d'actifs productifs et financiers que j'appellerai, par souci de simplicité, "revenus du capital". Il y a trois choses importantes à retenir sur les revenus du capital dans le nouveau capitalisme.

lundi 4 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (3/5) : l’impact des droits de douane

« La semaine dernière, j'avais promis que le billet de cette semaine dans ma série d'introductions aux inégalités se focaliserait sur l'essor des fortunes géantes depuis 2000. Je vais rompre cette promesse et reporter ce billet […].

jeudi 31 juillet 2025

Le nouveau capitalisme (2/3) : inégalités compositionnelles versus inégalités de revenu

Toutes les sociétés de classes sont-elles inégales ?

 

« Dans mon dernier Substack, j'ai abordé le concept d'homoploutia. En bref, pour ceux qui n'auraient pas envie de (re)lire mon article en entier, il repose sur l'observation empirique selon laquelle, dans les sociétés capitalistes modernes, une part croissante des riches est riche à deux niveaux : une part croissante des riches appartient simultanément aux travailleurs les mieux payés et aux capitalistes les plus riches. J'opérationnalise cette idée en examinant le décile supérieur des revenus après impôts, le décile supérieur de la répartition des revenus du travail (les salaires) et le décile supérieur de la répartition des revenus du capital (rentes, dividendes et intérêts) dans une vingtaine de pays. Il s'avère que près d'un tiers des Américains du dernier décile de la répartition des revenus sont "homoploutiques" (homoploutic), c'est-à-dire qu'ils sont à la fois les travailleurs les mieux payés et les capitalistes les plus riches. C’est une élite représentant environ 3 % des Américains. Cette élite, comme je l'explique dans cet article, dans Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone) et dans mon prochain ouvrage The Great Global Transformation, n’est pas similaire à la fameuse classe moyenne professionnelle, ou classe des cadres managériaux. Idéologiquement, elle est fortement pro-capitaliste et en faveur de la propriété privée, car elle réalise, en elle-même, la fusion du capital et du travail. C'est pourquoi l'élite défend avec force les droits du capital, la faible imposition des revenus du capital et de la richesse, et tout ce qui va avec. Cet aspect idéologique néolibéral de la nouvelle élite capitaliste ne doit pas être négligé.

lundi 28 juillet 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (2/5) : l'importance du pouvoir des travailleurs

« Pendant plus d'une génération après la Seconde Guerre mondiale, les disparités de revenus aux États-Unis ont été relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais rien ne ressemblait aux inégalités extrêmes, à la fragmentation économique et à la lutte des classes que l’on voit aujourd'hui.

jeudi 24 juillet 2025

Le nouveau capitalisme (1/3)

Les capitalistes les plus riches et les travailleurs les mieux rémunérés sont de plus en plus les mêmes personnes

 

« Je l'ai qualifié de "nouveau capitalisme" dans mon livre de 2019, Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone). Qu'est-ce qui est nouveau ? Dans le capitalisme classique des économistes européens du dix-neuvième siècle, les sociétés capitalistes étaient composées de deux classes : ceux qui possèdent le capital (ou, selon la terminologie marxiste, "les moyens de production") et ceux qui n’en possèdent et qui, pour survivre, vendent leur force de travail aux capitalistes. C'était une vision approximative, mais pas inexacte, du monde tel qu'il existait dans les économies avancées du dix-neuvième et du début du vingtième siècle. (Dans les économies moins avancées, la propriété foncière et le pouvoir politique, souvent associé à la propriété foncière, jouaient un plus grand rôle).

mardi 22 juillet 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (1/5) : pourquoi l'écart s'est-il creusé entre les riches et les autres ?

« Entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1970, les disparités de revenus aux États-Unis étaient relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais les inégalités globales entre les Américains en termes de richesse, de revenus et de statut social étaient suffisamment faibles pour que le pays ait un sentiment d’une prospérité partagée. Les choses sont bien différentes aujourd'hui, comme la société américaine est minée par des inégalités extrêmes, par une fragmentation économique et par la lutte des classes.

lundi 19 mai 2025

Les économistes orthodoxes sont incapables d’expliquer les inégalités domestiques et la compétition entre les nations

« Dans un excellent article récemment publié, "War and International politics" ("Guerre et politique internationale"), en accès libre, John Mearsheimer présente une version succincte de la théorie réaliste des relations internationales, appliquée au monde multipolaire actuel. Il se focalise sur l’inévitabilité de la guerre due à la façon par laquelle le système international est structuré : une anarchie où aucun pays ne jouit d'un monopole du pouvoir comparable à celui de l'État en politique domestique et donc sans personne pour faire respecter les règles. Il critique les penseurs libéraux pour leur naïveté de croire (dans les années 1990) que les guerres prendraient fin et que la politique des grandes puissances deviendrait obsolète. (Une vision naïve similaire a également été ridiculisée par Karl Polanyi dans La Grande Transformation.) Mearsheimer l'explique en partie par le fait que de nombreux penseurs libéraux ont atteint leur maturité intellectuelle à l'époque unipolaire, quand de tels rêves, sans rapport avec les réalités historiques, pouvaient être entretenus.

lundi 14 avril 2025

Le fétichisme de la Bourse

« Les récentes turbulences sur le marché boursier provoquées par la mesure inconsidérée de Donald Trump d’imposer des droits de douane au monde entier, ont soulevé une question légitime : quelle est la bonne attitude à avoir face aux effondrements et krachs du marché boursier ? C’est une question qui se pose indépendamment de la chaîne de décisions et d'événements qui ont entraîné la récente chute des cours boursiers.

vendredi 15 novembre 2024

A propos de la super-implication des super-riches dans la politique américaine

« Aujourd’hui, aux États-Unis, les super-riches semblent être super-impliqués dans la politique, soit directement, en se présentant eux-mêmes comme candidats aux plus hautes fonctions publiques, soit en soutenant financièrement des politiciens, des partis politiques et des campagnes politiques. Si l’on regarde cette évolution d’un point de vue historique, elle est inquiétante. En effet, nos ancêtres se sont toujours inquiétés de la possibilité que la richesse capture la politique. Comme l’affirmait le philosophe française du quatorzième siècle Nicole Oresme en traduisant la Politique d’Aristote et en l’adaptant aux conditions de son époque : "Les super-riches sont si inégaux et surpassent tellement les autres en ce qui concerne leur pouvoir politique qu’il est raisonnable de penser qu’ils sont parmi les autres comme Dieu est parmi les hommes… Les cités qui sont gouvernées démocratiquement devraient reléguer ces gens, c’est-à-dire les envoyer en exil ou les bannir, car ces villes s’efforcent d'atteindre l’égalité de tous".

mercredi 23 octobre 2024

Les changements dans la répartition des revenus en Chine, en Inde et aux Etats-Unis entre 2018 et 2023 : les effets de la pandémie, puis le retour à la normale

« La période des cinq dernières années a été particulière en ce qui concerne l’évolution des inégalités. Cela est dû principalement à l’effet de l’épidémie de Covid-19 et des politiques gouvernementales associées qui s’est fait fortement sentir en 2020 et 2021. En 2022, les choses se sont "normalisées" en rebondissant plus ou moins vers la tendance d’avant la pandémie. Un autre changement a été le retrait de la mondialisation, du moins dans la rhétorique et dans une certaine mesure dans les faits. Cependant, il est encore trop tôt pour que cet effet se manifeste dans les données concernant la répartition des revenus.