jeudi 12 mars 2026

Quel sera l’impact macroéconomique mondial de la récente flambée des prix de l’énergie ?

« Nos récents travaux sur les impacts potentiels de la hausse des prix mondiaux du pétrole et du gaz ont comparé un scénario permanent et un scénario transitoire et analysé la réaction de l'économie britannique.

Comme notre modèle NiGEM est un modèle global, nous pouvons également explorer comment l’impact diffère selon les pays. Comme les prix mondiaux du gaz ont encore augmenté depuis notre première publication, nous simulons ici un choc de 80 % plutôt que de 50 %.

Le graphique 1 illustre l'impact inflationniste sur plusieurs grandes économies mondiales. Comme on peut le voir, tous les pays ne sont pas touchés de la même façon. Cet impact dépend principalement de la composition énergétique de leur panier d'importations : plus un pays importe de pétrole et de gaz, plus il sera affecté par les variations de prix. Par exemple, le pétrole représente environ 12 % du panier total d'importations de la Chine, contre seulement 5 % pour le Canada. En outre, plus la part de l'énergie dans le panier de consommation d'un pays est élevée, plus l'effet sera important.

La rapidité avec laquelle les prix des importations se répercutent dans l'économie varie également d'un pays à l'autre. Cette répercussion dépend de la mesure dans laquelle les importateurs se couvrent contre les fluctuations des prix, de la concurrence dans le secteur de l'importation et de celle dans le secteur de la distribution. Elle dépend aussi de la fiscalité. Par exemple, plus l'essence est taxée, moins les variations des prix du pétrole se répercutent sur les prix de l'essence (puisque, dans ce cas, le prix de le pétrole représente une part plus faible du prix total de l'essence).

Si l’on regarde à plus long terme, l’inflation au Canada sera plus élevée en 2027 qu’en 2026, tandis que l’effet sur l’inflation dans les pays de la zone euro, ainsi qu’en Chine et au Japon, sera plus ou moins nul en 2027, malgré un impact initial important.

Enfin, la politique monétaire joue également un rôle. Par exemple, la Banque d'Angleterre réagira probablement à l'inflation plus élevée que prévu en 2026 par un resserrement de sa politique monétaire. Toutefois, ce ne sera pas le cas pour chaque pays de la zone euro pris individuellement, car la BCE définit la politique monétaire pour l'ensemble de la zone euro ; elle l'ajustera de façon à ramener l'inflation moyenne de la zone euro à sa cible, tandis que chaque pays subira des chocs inflationnistes différents. Ainsi, la politique monétaire aura un impact variable selon les pays de la zone euro, ce qui se traduira par des réactions différentes de l'inflation et du PIB.

Si l'on examine les effets sur le PIB réel, nous pouvons voir qu'ils varient considérablement d'un pays à l'autre. Là encore, l'impact dépendra du poids de l'énergie dans les importations, mais il y a d'autres facteurs qui entrent en ligne de compte. Premièrement, la mesure dans laquelle la production domestique dépend de la consommation d'énergie influencera les répercussions économiques globales. Par exemple, l'intensité énergétique de la production aux États-Unis est presque deux fois supérieure à celle du Royaume-Uni. La production américaine sera donc davantage affectée que celle du Royaume-Uni.

Un autre élément à prendre en compte est l'impact sur le commerce mondial ; il ne s'agit pas d'un choc isolé, donc la situation d'un pays dépendra fortement de celle des autres. Si un pays subit des difficultés économiques et importe moins en réponse, cela affectera les exportations de ses partenaires commerciaux et aura un effet en cascade sur l'économie mondiale. Les réactions différenciées des prix, des taux d'intérêt et des taux de change modifieront davantage les termes de l'échange (le rapport entre les prix à l'importation et les prix à l'exportation), ce qui entraînera une amélioration de la position commerciale de certains pays et une détérioration de celle d'autres pays. Enfin, les pays exportateurs nets de pétrole bénéficieront d'une hausse à court terme de leurs recettes d'exportation, car ils bénéficient de la hausse des prix (au moins temporairement ; cet effet pourrait évoluer à mesure que la demande et la production mondiales s'ajusteront aux nouveaux prix). Ces effets sur le commerce doivent être mis en balance avec les effets inflationnistes domestiques et les économies plus ouvertes et plus exposées au commerce international seront davantage touchées par les perturbations.

Tout cela explique une grande partie des différences d’impact sur le PIB selon le pays. »

Ed Cornforth, « The global macroeconomic impact of the recent surge in energy prices », NIESR, 12 mars 2026. Traduit par Martin Anota


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