« Pourquoi les femmes tendent-elles toujours à gagner moins que les hommes ? Il n’y personne de mieux placée pour répondre à cette question que l’historienne économique Claudia Goldin, la lauréate du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel de 2023. Sa réponse nous dit comment combattre l’injustice, mais aussi comment créer des conditions de travail plus saines et productives pour tout le monde.
lundi 27 novembre 2023
Pourquoi certains emplois sont-ils particulièrement "gourmands" ?
jeudi 23 novembre 2023
La Fed devrait-elle recevoir le crédit pour la désinflation ?
« Le 14 novembre, le Bureau of Labor Statistics des Etats-Unis a annoncé que l’indice des prix à la consommation n’avait pas varié en octobre (qu’il soit désaisonnalisé ou non). Autrement dit, le niveau de l’indice des prix à la consommation n’a pas changé, ni le taux d’inflation, qui a été nul. Bien sûr, les chiffres sur un mois sont trop volatils pour tirer une conclusion. Les prix de l’essence ne vont pas chaque mois chuter de 5,0 %, comme ils l’ont fait de septembre à octobre.
mardi 14 novembre 2023
La stagnation actuelle de l’Europe est en partie la conséquence de l'obsession du déficit public
« La règle empirique que les journalistes utilisent pour définir une récession, à savoir la succession de deux trimestres consécutifs de croissance négative du PIB, n’est pas sans inconvénient. Si l’économie croît de 0,1 %, les gros titres diront que "le Royaume-Uni a évité la récession", mais si la croissance est de -0,1 % deux trimestres consécutifs, les gros titres diront que "le Royaume-Uni est entré en récession". Pourtant la différence entre les deux, équivalente à 0,2 % du PIB, est bien dans les erreurs de mesures généralement associées à la croissance du PIB. D’un point de vue économique, il n’y a pas de différence significative entre une croissance de 0,1 % et une croissance de – 0,1 %, si bien que parler de récession dans le cas de cette dernière, mais pas dans celui de la première, est ridicule.
lundi 16 octobre 2023
Phelps et Fitoussi
« J'ai rencontré pour la première fois Jean-Paul Fitoussi en 1984. Nous sommes devenus de bons amis au cours de mon année en tant que chercheur invité en 1985-86 à l’Institut universitaire européen de Fiesole et nous sommes restés des amis très proches par la suite. Lui et moi étions différents : j'étais un Américain issu d'une banlieue de New York et d'Amherst College et qui avais fait carrière dans le monde universitaire américain et Jean-Paul était un Tunisien issu de La Goulette, qui est passé par l'Université de Strasbourg et qui a fait carrière à Sciences-Po. Peut-être que ce sont nos différences de parcours qui nous ont rendus intéressants l’un pour l’autre.
lundi 9 octobre 2023
Claudia Goldin, Nobel d’économie de 2023 : quand l’Histoire nous aide à comprendre les inégalités de genre sur le marché du travail
« Au cours du dernier siècle, la proportion de femmes dans l’emploi rémunéré a triplé dans plusieurs pays à haut revenu. C’est l’un des plus grands changements sociétaux et économiques sur le marché du travail de l’époque moderne, mais des différences de genre significatives subsistent. Ce fut dans les années 1980 que la recherche a pour la première fois adopté une approche globale pour expliquer les sources de ces inégalités. Les travaux de Claudia Goldin nous ont apporté de nouveaux éclairages, souvent surprenants, à propos des rôles que les femmes ont joués par le passé et aujourd’hui sur le marché du travail.
lundi 14 août 2023
Éducation, technologie et inégalités : zoom sur les travaux de Larry Katz
« […] À la fin des années 1970, le livre de Richard Freeman, The Overeducated American, publié en 1976, avait largement familiarisé les universitaires et les profanes avec le fait que la prime salariale des diplômés du supérieur avait fortement chuté aux États-Unis tout au long de la décennie ; celle-ci avait tellement baissé que, selon Freeman, le rendement social marginal de l’envoi d’un plus grand nombre d’étudiants américains à l’université était devenu négatif.
lundi 3 juillet 2023
L’inflation est un problème politique
« Pourquoi l’inflation est-elle un problème ? Je pose cette question car la réponse du sens commun est erronée et la réponse standard des économistes obsolète.
vendredi 24 mars 2023
Cinquante ans de flottement
« Ce mois-ci marque le cinquantième anniversaire du mois (mars 1973) où le dollar, le yen, le deutschemark, la livre sterling et d’autres devises commencèrent à flotter, leurs valeurs relatives étant depuis lors déterminées par les marchés des changes plutôt que par les gouvernements. L’abandon du système de Bretton Woods des taux de change fixes a généralement été considéré comme un échec. Le passage des taux de change fixes aux taux de change flexibles a toutefois probablement résulté d’un processus de long terme inévitable, naturel.
mardi 13 décembre 2022
Le commerce international promeut-il la paix ? Peut-être pas…
« Au début du vingtième siècle, l’auteur britannique Norman Angell a publié un livre intitulé La Grande Illusion (The Great Illusion), où il déclarait que le progrès économique et la croissance du commerce mondial avaient rendu la guerre obsolète. Les pays, affirma-t-il, ne pouvaient plus s’enrichir via la conquête : les travailleurs de l’industrie ne pouvaient pas être exploités comme des paysans et même de petits pays peuvent prospérer en important des matières premières et en vendant leurs marchandises sur les marchés mondiaux. En outre, la guerre entre des pays économiquement interdépendants pouvait être immensément coûteuse, même pour les vainqueurs.
lundi 10 octobre 2022
Prix Nobel 2022 : Bernanke, Diamond et Dybvig ont expliqué le rôle central des banques dans les crises financières
« La Grande Dépression des années 1930 a paralysé les économies à travers le monde pendant plusieurs années et elle a eu d’importantes conséquences sociétales. Cependant, nous avons réussi à mieux gérer les crises financières ultérieures grâce aux travaux des lauréats du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, Ben Bernanke, Douglas Diamond et Philip Dybvig. Ils ont démontré qu’il est important de prévenir les effondrements généralisés des banques…
vendredi 1 juillet 2022
L’économie mondiale est aujourd'hui effroyablement similaire à ce qu'elle était dans les années 1970
« L’économie mondiale connaît un ralentissement soudain de l’activité accompagné d’une forte accélération de l’inflation mondiale, cette dernière atteignant des niveaux qu’elle n’avait pas atteints depuis plusieurs décennies. Ces développements amènent certains à craindre une stagflation, c’est-à-dire une conjonction entre faible croissance et forte inflation, similaire à ce que le monde a subi dans les années 1970. Nous avons vu quels dommages cela peut infliger aux pays émergents et en développement. La stagflation à l’époque s’était soldée par une récession mondiale et une série de crises financières dans les pays émergents et en développement. A la lumière des leçons tirées de l’épisode de stagflation, ces économies doivent rapidement réfléchir à des politiques pour faire face aux conséquences d’un resserrement rapide des conditions de financement mondiales.
mercredi 29 juin 2022
Un bref essai sur les différences entre Marx et Keynes
« Ce bref texte a été stimulé par ma récente lecture de la traduction française de l’Essai sur l’économie de Marx que Joan Robinson a écrit en 1942, ainsi que de divers autres textes que Robinson a pu écrire à propos de Marx, de Marshall et de Keynes. (La traduction et la préface sont d’Ulysse Lojkine.) Sa rédaction a aussi été stimulée par la très bonne présentation de la vie de Joan Robinson et de l'Essai que vient juste de publier Carolina Alvers dans The Journal of Economic Perspectives.
vendredi 10 juin 2022
La fin de la suprématie du dollar ?
« Chaque décennie, le débat à propos du rôle du dollar américaine en tant que première devise au monde revient : la monnaie américaine sera-t-elle détrônée par celle d’un autre pays ? Dans les années 1970, les prétendants étaient le yen japonais et le Deutschemark allemand. Puis, avec l’Union économique et monétaire, l’euro a été vu comme un rival. Au cours de la dernière décennie, le renminbi a pris le rôle de possible aspirant. Où en sommes-nous en aujourd’hui ?
vendredi 15 avril 2022
Pourquoi le dollar domine
« Le dollar américain est-il sur le point de perdre le rôle singulièrement dominant qu’il joue dans le système financier mondial ? Je n’ai cessé d'entendre des gens se poser cette question tout au long de ma carrière professionnelle. Sérieusement : j’ai publié mon premier article sur le sujet en 1980. Beaucoup de choses ont changé dans le monde depuis que je l’ai écrit, notamment la création de l’euro et l’essor de la Chine. Pourtant la réponse reste la même : probablement pas. Pour différentes raisons (la fragmentation politique en Europe, le caprice autocratique en Chine), ni l’euro, ni le yuan ne sont une alternative plausible au dollar. Même si la domination du dollar s’érode, cela n’aura pas beaucoup d’importance.
lundi 21 février 2022
Entretien avec la macroéconomiste Emi Nakamura
« Si vous demandez à n'importe quel économiste de vous dire quelles sont les stars de la profession à l’heure actuelle, le nom d’Emi Nakamura sera probablement au sommet de la liste. En 2019, Nakamura a gagné la médaille John Bates Clark, l’une des deux plus prestigieuses récompenses en science économique et en l’occurrence une récompense qui va rarement à un macroéconomiste. D’origine canadienne et travaillant maintenant à Berkeley, l’Université de Californie, elle continue d’amasser les publications dans les revues les plus prestigieuses à un rythme stupéfiant.
mardi 21 décembre 2021
La faiblesse des taux d’intérêt nous oblige à reconsidérer la politique budgétaire
« Au cours de la dernière décennie, il est devenu manifeste que le déclin des taux d’intérêt réels nous forcent à reconsidérer la portée et le rôle de la politique budgétaire. C’est pourquoi j’ai essayé de le faire dans un livre que je viens de finir. Le livre, intitulé Fiscal Policy Under Low Interest Rates, est désormais disponible sur un site en libre accès de MIT Press où je vous encourage à laisser des commentaires et des suggestions. Je réviserai ce livre à la lumière de ces commentaires au début de l’année prochaine et le livre sera publié à la fin de celle-ci.
Je pense que la meilleure façon de vendre les idées du livre et de vous convaincre de le lire et de potentiellement y contribuer est d’écrire 45 points. Les voici :
lundi 11 octobre 2021
Card, Angrist et Guido, ou comment les expériences naturelles peuvent aider à répondre à d’importantes questions
« Les lauréats de cette année, David Card, Joshua Angrist et Guido Imbens, ont montré que les expériences naturelles peuvent être utilisées pour répondre à d’importantes questions de société, par exemple pour savoir comment le salaire minimum et l’immigration peuvent affecter le marché du travail. Ils ont aussi clarifié quelles conclusions à propos de la cause et de l’effet peuvent être tirées en utilisant cette approche de recherche. Ensemble, ils ont révolutionné la recherche économique dans les sciences économiques…
mercredi 28 avril 2021
Changement climatique versus utopie technologique
« L’Humanité n’a jamais fait face à un défi collectif aussi considérable que celui que représente le changement climatique. Les émissions nettes mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites à zéro dans les trois prochaines décennies pour nous donner une chance de maintenir à 2 °C la hausse des températures relativement aux niveaux préindustriels. Plus nous tardons à atteindre ce seuil, plus il est probable que nous allons vers un scénario catastrophe. Avec les Etats-Unis de retour dans l’Accord de Paris, c’est le moment pour le monde de se réengager dans ces défis historiques.
jeudi 18 février 2021
Pourquoi il est légitime de s’inquiéter du plan de relance de Biden
« Les économistes (notamment moi-même) qui ont été d’accord avec la secrétaire du Trésor Janet Yellen à propos du besoin d’"envoyer du lourd" sur un plan de protection et de relance, mais qui expriment des réserves quant à la taille du plan de relance de 1.900 milliards de dollars de l’administration Biden contre le coronavirus, ont fait l’objet de critiques affirmant que préoccupations relatives à la surchauffe et à l’inflation étaient excessives. Un débat constructif s’est engagé. Ce billet de blog se penche sur trois grandes questions de ce débat et explique pourquoi je suis inquiet : premièrement, la taille de l’écart de production (output gap), c’est-à-dire l’écart entre la production potentielle et la production effective dans l’économie ; deuxièmement, la taille des multiplicateurs, c’est-à-dire les effets probables de la relance sur l’activité économique ; et troisièmement, l’inflation qu’une économie en surchauffe peut connaître.
mercredi 14 octobre 2020
Pourquoi l'insécurité économique ne suffit pas pour expliquer l'attrait du populisme
« L’essor du populisme a amené à se poser des questions fondamentales pour les démocraties avancées à travers le monde. Peut-être que la question la plus importante est de savoir pourquoi il a émergé. Certaines analyses mettent en avant des explications économiques. Les Américains qui se laissèrent séduire par les discours nationalistes de Donald Trump et les électeurs britanniques qui approuvèrent la sortie de l’Union européenne auraient été frustrés par les destructions d’emplois provoquées par la mondialisation. Et cette anxiété les a rendus vulnérables aux politiciens qui leur promettaient de reprendre leur pouvoir économique.



