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mardi 9 juin 2026

Le néolibéralisme, le libéralisme classique et l’économie néoclassique

« Les termes "libéralisme" et "néolibéralisme" sont clairement liés, mais la relation entre eux a souvent occulté une question analytique plus importante : quel type de science économique donne au néolibéralisme sa cohérence ? Les auteurs néolibéraux ont fréquemment rejeté cette étiquette, préférant se présenter comme des libéraux classiques et revendiquer Adam Smith comme leur ancêtre [Mirowski, 2014]. Cette démarche est politiquement utile, car elle relie la défense contemporaine des marchés à la critique que Smith faisait des privilèges mercantilistes. Elle est cependant analytiquement trompeuse, car l’économie politique de Smith relève de la tradition classique du surplus, tandis que le néolibéralisme s’appuie sur une économie marginaliste ou néoclassique.

samedi 23 mai 2026

Qu’est-ce qui faisait l’originalité de Keynes ?

« Il y a quelques années, l’un de mes articles a été refusé par une prestigieuse revue hétérodoxe, car il ne saisissait pas l'importance des journaux intimes de Keynes. En réalité, je ne les avais pas lus (je plaide coupable). Mes travaux étaient dépassés, m'a affirmé un relecteur furieux (le numéro 1, en l'occurrence). Peu après, on m'a demandé d'évaluer, pour cette même revue, un article sur la sexualité de Keynes et ses implications possibles pour sa pensée économique. Il portait sur les journaux intimes de Keynes du début du vingtième siècle et suggérait que sa sexualité, ainsi que ses conceptions philosophiques plus générales, pouvaient contribuer à expliquer certaines de ses idées économiques ultérieures. La question est intéressante, notamment parce qu'elle a souvent été soulevée dans des contextes différents et avec des implications politiques très diverses.

mardi 10 mars 2026

La Richesse des nations, une icône mal comprise des marchés libres

« […] Le 9 mars marque le 250e anniversaire de la publication de La Richesse des nations, en 1776. Adam Smith est peut-être aussi l'un des penseurs les plus mal compris de l'histoire de la pensée économique. Smith n'est ni le père de l'économie moderne, ni celui du capitalisme, un terme qu'il n'a jamais employé.

samedi 22 novembre 2025

Adam Smith et l'économie morale que nous avons perdue

« À l'approche du 250ème anniversaire de La Richesse des nations l’an prochain, le monde se prépare à rendre hommage à Adam Smith. Mais quel Smith faut-il honorer ? Le "père fondateur" pragmatique de la science économique moderne ou le philosophe qui a écrit La Théorie des sentiments moraux ? Les chercheurs se penchent sur cette question, une énigme connue sous le nom de "Das Adam Smith Problem", depuis des siècles, parce qu’elle concerne non seulement les dualités dans la pensée de Smith, mais aussi notre propre rapport complexe à la morale et aux marchés. 

dimanche 28 septembre 2025

Les voyages de Phelps dans la théorie économique


« Edmund Phelps est sans nul doute l'une des plus importantes figures de l'histoire de la macroéconomie des dernières décennies du vingtième siècle, recevant le prix Nobel pour ses travaux en 2006. On peut affirmer qu'il a été la figure la plus influente en relation avec la théorie macroéconomique universitaire. La raison en est son plaidoyer constant […] en faveur de la nécessité de fonder la théorie macroéconomique sur des fondements microéconomiques. My Journeys in Economic Theory fournit un compte rendu très lisible de la façon par laquelle sa théorie a évolué depuis ses premières années, lorsqu’il travaillait sur des problèmes logistiques à la RAND, en passant par ses années à Yale (à la Commission Cowles) et à l'Université de Pennsylvanie, avec d'importantes nominations de professeur invité au MIT, à l'Université de Cambridge et à la London School of Economics, jusqu'à Columbia, où il a passé l'essentiel de sa carrière universitaire.

samedi 14 juin 2025

Trop ou pas assez de Ricardo ?

Une recension du livre Ricardo's Dream de Nat Dyer


« C’est un livre extrêmement difficile à recenser. Non pas que sa thèse principale soit floue ou qu'il soit écrit de manière trop complexe, mais parce qu'il combine, à mon avis, une critique très sensée de l'économie néoclassique avec des propositions absolument intenables ou erronées, et qu’il fait preuve d'un aveuglement face à la réalité similaire à celui qu'il trouve critiquable chez d'autres.

jeudi 12 juin 2025

Quelle est la responsabilité sociale des entreprises ? Des idées de Friedman à la "doctrine Friedman"


« Ce billet fait partie d'une série explorant l’approche de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) que les économistes ont historiquement adoptée. C’est le fruit de travaux en cours, visant à favoriser les échanges avec les chercheurs en RSE travaillant en science économique, en gestion et dans le droit, tout en m'aidant à préparer des cours à l'intersection de l'histoire économique et des affaires. J’ai fait des cours sur les économistes qui ont façonné (et ont été façonnés par) les politiques publiques du vingtième siècle. Mais je suis de plus en plus frustrée par mon incapacité à proposer un cours en parallèle sur le secteur privé. Il y a beaucoup moins de travaux sur la manière par laquelle les économistes ont conçu théoriquement l'entreprise, étudié empiriquement les pratiques commerciales et les ont façonnées via leurs conseils. Ce fossé est principalement dû au fait que nous avons moins de sources en comparaison avec la recherche en politiques publiques.

lundi 2 juin 2025

Stanley Fischer et le MIT

« Stanley Fischer a mené deux carrières : l’une entant qu’universitaire et l’autre en tant que décideur politique. Je me focaliserai ici principalement sur le volet MIT de sa vie, mais il convient de replacer celui-ci dans son contexte.

lundi 20 janvier 2025

Les économistes devraient-ils connaître leur propre histoire ?

« Il y a eu récemment dans divers médias un tollé provoqué par un tweet de l'économiste Ben Golub, qui s'étonnait que les économistes n'aient pas "étudié" (worked through) Smith et Marx. Le professeur d'anglais Alex Moskowitz a ajouté que la science économique ne pouvait pas être une véritable discipline parce que les économistes ne connaissent pas l'histoire de leur propre discipline.

mardi 29 octobre 2024

Institutions et prospérité : zoom sur les travaux des lauréats du Nobel 2024

« L’une des énigmes les plus tenaces en science économique est la grande disparité dans répartition de la richesse et de la prospérité entre les régions du monde. Après les débuts de la Révolution industrielle en Grande-Bretagne, la croissance économique s’est rapidement propagée à certaines régions, tandis que d’autres n’ont connu une amélioration significative de leurs niveaux de vie qu’au vingtième siècle et beaucoup ont encore à s’industrialiser.

samedi 19 octobre 2024

Quelques réflexions sur l’économie du développement, les institutions, Acemoglu, Johnson, Robinson…

« Voici mon bref historique des institutions dans la réflexion macro-développement, au moment de l'intervention d’Acemoglu, Johnson et Robinson. J’ai eu la plupart de ces réflexions plus tôt, mais cette semaine elles se sont cristallisées. Je ne parle pas spécifiquement d’Acemoglu, Johnson et Robinson, mais j'ai de brèves réflexions à propos de leur impact.

lundi 14 octobre 2024

Acemoglu, Johnson et Robinson ont expliqué pourquoi certains pays sont riches et d’autres pauvres


« Les lauréats de cette année ont apporté de nouvelles perspectives sur les raisons pour lesquelles il existe de si larges différences de prospérité entre les nations. Une explication clé tient aux différences persistantes entre les institutions sociétales. En examinant les divers systèmes politiques et économiques introduits par les colons européens, Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson ont pu démontrer une relation entre les institutions et la prospérité. Ils ont également développé des outils théoriques qui peuvent expliquer pourquoi les différences entre les institutions persistent et comment les institutions peuvent changer.

vendredi 23 août 2024

Milton Friedman

Crédit : The Friedman Foundation for Educational Choice


« Lors d'un événement tenu en 2002 en l'honneur du 90ème anniversaire de Milton Friedman, Ben Bernanke, alors membre du conseil des gouverneurs de la Fed, lui a présenté une sorte de rameau d'olivier au nom de la Fed. "En ce qui concerne la Grande Dépression, vous avez raison, nous en sommes responsables", a concédé Bernanke. "Nous sommes vraiment désolés. Mais grâce à vous, nous ne la referons plus."

dimanche 21 avril 2024

La relation compliquée de Keynes avec la répartition des revenus

« On m’a demandé à plusieurs reprises, et notamment il y a à peine quelques jours, pourquoi dans Visions of Inequality je ne discutais pas de Keynes. Je ne lui ai consacré aucun chapitre et, quand je l’ai évoqué, ce n'est qu’incidemment et simplement en lien avec la propension marginale à consommer.

Ma réponse est double. D’une part, je pense que Keynes ne s’intéressait pas à la répartition des revenus. Et, plus important encore, à un moment où il aurait pu (voire aurait dû) aborder la question de la répartition des revenus, il a refusé de le faire et a décidé de l’ignorer.

mercredi 29 juin 2022

Un bref essai sur les différences entre Marx et Keynes

« Ce bref texte a été stimulé par ma récente lecture de la traduction française de l’Essai sur l’économie de Marx que Joan Robinson a écrit en 1942, ainsi que de divers autres textes que Robinson a pu écrire à propos de Marx, de Marshall et de Keynes. (La traduction et la préface sont d’Ulysse Lojkine.) Sa rédaction a aussi été stimulée par la très bonne présentation de la vie de Joan Robinson et de l'Essai que vient juste de publier Carolina Alvers dans The Journal of Economic Perspectives.

vendredi 24 avril 2020

Ricardo, Marx et les inégalités interpersonnelles de revenu

« C’est une question souvent posée : qu’est-ce que Ricardo et Marx ont à dire sur les inégalités interpersonnelles de revenu ? À proprement parler, la réponse est : très peu de choses. Dans leurs écrits, Ricardo Marx ne mentionnent pas du tout les inégalités de revenus personnels et je pense même que le concept que l’on appelle "inégalités interpersonnelles" […] n'y apparaît pas.

lundi 8 octobre 2018

Innovation, croissance et changement climatique. Résumé des travaux de Nordhaus et Romer


« Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel de cette année récompense la conception de méthodes qui contribuent à répondre à certains enjeux les plus fondamentaux et pressants de notre époque : la croissance soutenable à long terme de l’économie mondiale et du bien-être de la population mondiale.

lundi 3 octobre 2016

Quelques nouvelles réflexions sur les modèles DSGE

« Plusieurs économistes ont récemment écrit à propos des avantages et inconvénients des modèles d’équilibre général stochastiques (dynamic stochastic general equilibrium models, DSGE). Outre moi-même, il y a eu Narayana Kocherlakota, Simon Wren-Lewis, Paul Romer, Steve Keen, Anton Korinek, Paul Krugman, Noah Smith, Roger Farmer et Brad DeLong

jeudi 2 juin 2016

Phillips, Laffer, Gatsby… Ces courbes qui obsèdent les économistes

« Lundi, si je surmonte les grèves, les crues et les gaz lacrymogènes, je suivrai un cours sur la courbe de Gatsby le Magnifique à Rennes. Et en parcourant quelques articles sur le sujet, je suis saisi par un air de déjà-vu. Bien que des courbes similaires aient été utilisées par Miles Corak dès 2006, le nom a été introduit par Alan Krueger, alors président du Council of Economic Advisers, lors d'un discours qu’il a donné en janvier 2012 sur les inégalités. Les statistiques, affirmait Krueger, montrent une relation négative entre les inégalités au milieu des années 1980 et la mobilité intergénérationnelle, une relation qu'il a appelée la "courbe de Gatsby le Magnifique" (Great Gatsby Curve).

lundi 12 octobre 2015

Consommation, pauvreté et bien-être : zoom sur les travaux d’Angus Deaton


« La consommation de biens et services contribue fortement au bien-être de la population. Le lauréat, Angus Deaton, a approfondi notre compréhension de divers aspects de la consommation. Ses travaux s’intéressent à des questions très importantes pour le bien-être humain, en particulier dans les pays pauvres. Les travaux de Deaton ont grandement influencé à la fois la mise en œuvre de politiques pratiques et la communauté scientifique. En précisant les liens entre les décisions de consommation individuelles et les conséquences pour l’ensemble de l’économie, son œuvre a contribué à transformer tant la microéconomie que la macroéconomie et l’économie du développement modernes.