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mardi 21 juillet 2026

Esquisse d'un monde dystopo-utopique où l'intelligence artificielle est omniprésente

Une société à quatre classes



« Le déploiement massif de l'intelligence artificielle (IA) place les économistes dans une situation inédite depuis cinq ou six décennies. L'intelligence artificielle est une technologie d’usage général et ses effets sont, en l’état actuel des connaissances, très difficiles, voire impossibles, à prévoir. Si l’on se demande si l'introduction de l'IA est susceptible d’accroître le chômage, il est insensé de consulter des économistes du travail. Ces derniers peuvent certes répondre à des questions telles que : une technologie donnée engendrerait-elle du chômage ? Ou bien une augmentation du salaire minimum entraînerait-elle des suppressions d’emplois ? Mais ils ne peuvent se prononcer sur les effets d'une nouvelle technologie d’usage général, car l'étendue de son application et ses répercussions sur la demande de main-d'œuvre restent tout simplement inconnues. Cette nouvelle technologie pourrait, comme l'électricité, s'intégrer à 90 % des activités, ou bien échouer, et les espoirs, et les craintes, que nous nourrissons avec l'intelligence artificielle pourraient être déçus.

jeudi 16 avril 2026

La capitalisation du monde : comment se répartissent les revenus du patrimoine dans le monde ?

« Entre 2000 et 2020, le PIB mondial a augmenté de plus de 60 % en termes réels. Parallèlement, la part des revenus du capital (revenus du patrimoine, anciennement appelés "revenus non gagnés" ou revenus ne nécessitant pas de travail) dans le PIB a augmenté dans la plupart des pays. La hausse de la part des revenus du capital dans le PIB, observée notamment dans les données de la comptabilité nationale, se retrouve également dans la hausse de la part des revenus du capital perçue par les individus, telle qu’elle transparaît des enquêtes réalisées auprès des ménages. Cet aspect a toutefois été peu étudié dans la littérature récente, en particulier à l'échelle mondiale. Quelle est la part des revenus du capital dans les revenus des ménages à travers le monde et dans quelle mesure sa répartition entre les individus est-elle inégale ?

vendredi 3 avril 2026

Quelle convergence des revenus en Europe ?

« La question de la convergence des revenus au sein de l'Union européenne a récemment fait l’objet de nombreux débats. Il y a deux grandes raisons à cela. D’une part, qu’on les considère au prisme des indicateurs macroéconomiques (comme le PIB par tête) ou des données d'enquêtes réalisées auprès des ménages telles que l'enquête SILC, il est indéniable que les inégalités entre pays et entre individus se sont réduites au sein des 27 pays-membres de l’UE. D’autre part, cette convergence s'opère alors qu'il n'y a pas de convergence entre l'UE dans son ensemble (ni même entre ses plus grands pays-membres) et les États-Unis. Ce dernier point a été particulièrement mis en avant récemment en raison des tensions dans les relations entre les deux pôles occidentaux. Le manque de convergence a d'abord été évoqué par Trump pour démontrer la persistance de la supériorité américaine, puis par ses détracteurs qui ont affirmé que cette absence de convergence était simplement due au fait que les Européens, par choix, travaillent moins et que la productivité horaire peut être égale, voire supérieure, dans certains pays européens qu'aux États-Unis.

mardi 30 septembre 2025

Comment contrôler la tendance des nouvelles technologies à creuser les inégalités de revenus ?

« Le problème. Les nouvelles technologies, comme toutes les avancées technologiques depuis la Révolution industrielle, visent à remplacer le travail humain par des machines, dans un sens large. En ce sens, l'intelligence artificielle n’est pas très différente de la mule-jenny introduite dans l'industrie cotonnière dans les années 1820 : elle remplace le travail humain, mais le fait désormais à un niveau de compétences humaines plus élevé que les technologies passées. (À bien des égards, de telles évolutions étaient prévisibles parce qu’il y avait historiquement une augmentation inexorable du niveau de qualification de la main-d'œuvre remplacée par des machines, commençant par des tâches non qualifiées et répétitives effectuées par de la main-d’œuvre esclave, puis augmentant sans cesse.)

mardi 9 septembre 2025

Le Capital au XXIe siècle, dix ans après

« Dans cet article, je propose quelques remarques et réflexions personnelles à l'occasion du dixième anniversaire de la publication du Capital au XXIe siècle (2014) et du cinquième anniversaire de la publication de Capital et Idéologie (2020). Je reviens aussi sur l'évolution de mes travaux jusqu'à Une brève histoire de l'égalité (2022) et Une histoire du conflit politique [2025], avec Julia Cagé. Je dresse également des perspectives sur la transformation en cours des dynamiques des inégalités mondiales.

mercredi 20 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (5/5) : une financiarisation prédatrice

« […] La semaine dernière, j'avais noté que les plus grosses fortunes en Amérique se fondent désormais principalement sur des quasi-monopoles technologiques. Mais si l'on poursuit un peu dans le  classement Forbes 400, on voit un certain nombre de ploutocrates qui ont gagné des dizaines de milliards dans la finance, en particulier grâce aux fonds spéculatifs. Ceux-ci comptent des personnalités comme Stephen Schwarzman, qui a comparé les efforts visant à supprimer une niche fiscale favorable à Wall Street à  l'invasion de la Pologne par Hitler, et Ken Griffin, un méga-donateur républicain.

vendredi 15 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (4/5) : les oligarques et l'essor des mégafortunes

« […] Ceci est le dernier billet d'une série d'introductions aux inégalités ; voici le première, la deuxième et la troisième parties. Aujourd'hui, je me focaliserai sur l'extrême concentration des richesses : la montée de l'oligarchie américaine. […] Je finirai par évoquer les conséquences politiques et sociales de la concentration extrême des richesses et la manière par laquelle elle mine la démocratie. Mais cela devra attendre d'autres billets.

mardi 5 août 2025

Le nouveau capitalisme (3/3) : le capital

Pourquoi le capital est-il si concentré et pourquoi si peu de gens en possèdent ?


« Ceci est le troisième (et dernier) volet de mes courts essais sur le nouveau capitalisme. Cet essai traite des revenus tirés de la propriété d'actifs productifs et financiers que j'appellerai, par souci de simplicité, "revenus du capital". Il y a trois choses importantes à retenir sur les revenus du capital dans le nouveau capitalisme.

lundi 4 août 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (3/5) : l’impact des droits de douane

« La semaine dernière, j'avais promis que le billet de cette semaine dans ma série d'introductions aux inégalités se focaliserait sur l'essor des fortunes géantes depuis 2000. Je vais rompre cette promesse et reporter ce billet […].

jeudi 31 juillet 2025

Le nouveau capitalisme (2/3) : inégalités compositionnelles versus inégalités de revenu

Toutes les sociétés de classes sont-elles inégales ?

 

« Dans mon dernier Substack, j'ai abordé le concept d'homoploutia. En bref, pour ceux qui n'auraient pas envie de (re)lire mon article en entier, il repose sur l'observation empirique selon laquelle, dans les sociétés capitalistes modernes, une part croissante des riches est riche à deux niveaux : une part croissante des riches appartient simultanément aux travailleurs les mieux payés et aux capitalistes les plus riches. J'opérationnalise cette idée en examinant le décile supérieur des revenus après impôts, le décile supérieur de la répartition des revenus du travail (les salaires) et le décile supérieur de la répartition des revenus du capital (rentes, dividendes et intérêts) dans une vingtaine de pays. Il s'avère que près d'un tiers des Américains du dernier décile de la répartition des revenus sont "homoploutiques" (homoploutic), c'est-à-dire qu'ils sont à la fois les travailleurs les mieux payés et les capitalistes les plus riches. C’est une élite représentant environ 3 % des Américains. Cette élite, comme je l'explique dans cet article, dans Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone) et dans mon prochain ouvrage The Great Global Transformation, n’est pas similaire à la fameuse classe moyenne professionnelle, ou classe des cadres managériaux. Idéologiquement, elle est fortement pro-capitaliste et en faveur de la propriété privée, car elle réalise, en elle-même, la fusion du capital et du travail. C'est pourquoi l'élite défend avec force les droits du capital, la faible imposition des revenus du capital et de la richesse, et tout ce qui va avec. Cet aspect idéologique néolibéral de la nouvelle élite capitaliste ne doit pas être négligé.

lundi 28 juillet 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (2/5) : l'importance du pouvoir des travailleurs

« Pendant plus d'une génération après la Seconde Guerre mondiale, les disparités de revenus aux États-Unis ont été relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais rien ne ressemblait aux inégalités extrêmes, à la fragmentation économique et à la lutte des classes que l’on voit aujourd'hui.

jeudi 24 juillet 2025

Le nouveau capitalisme (1/3)

Les capitalistes les plus riches et les travailleurs les mieux rémunérés sont de plus en plus les mêmes personnes

 

« Je l'ai qualifié de "nouveau capitalisme" dans mon livre de 2019, Le Capitalisme, sans rival (Capitalism, Alone). Qu'est-ce qui est nouveau ? Dans le capitalisme classique des économistes européens du dix-neuvième siècle, les sociétés capitalistes étaient composées de deux classes : ceux qui possèdent le capital (ou, selon la terminologie marxiste, "les moyens de production") et ceux qui n’en possèdent et qui, pour survivre, vendent leur force de travail aux capitalistes. C'était une vision approximative, mais pas inexacte, du monde tel qu'il existait dans les économies avancées du dix-neuvième et du début du vingtième siècle. (Dans les économies moins avancées, la propriété foncière et le pouvoir politique, souvent associé à la propriété foncière, jouaient un plus grand rôle).

mardi 22 juillet 2025

Les inégalités aux Etats-Unis (1/5) : pourquoi l'écart s'est-il creusé entre les riches et les autres ?

« Entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1970, les disparités de revenus aux États-Unis étaient relativement faibles. Certains étaient riches et beaucoup étaient pauvres, mais les inégalités globales entre les Américains en termes de richesse, de revenus et de statut social étaient suffisamment faibles pour que le pays ait un sentiment d’une prospérité partagée. Les choses sont bien différentes aujourd'hui, comme la société américaine est minée par des inégalités extrêmes, par une fragmentation économique et par la lutte des classes.

vendredi 24 avril 2020

Ricardo, Marx et les inégalités interpersonnelles de revenu

« C’est une question souvent posée : qu’est-ce que Ricardo et Marx ont à dire sur les inégalités interpersonnelles de revenu ? À proprement parler, la réponse est : très peu de choses. Dans leurs écrits, Ricardo Marx ne mentionnent pas du tout les inégalités de revenus personnels et je pense même que le concept que l’on appelle "inégalités interpersonnelles" […] n'y apparaît pas.

jeudi 24 janvier 2019

Qu'est-ce qui justifie de taxer davantage les hauts revenus ?

« Quand les gens prétendent que le néolibéralisme est un concept creux, je leur rappelle ce qui s’est passé du côté du taux marginal d’imposition du revenu depuis environ 1980, pas seulement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, mais aussi dans d’autres pays. Voici un graphique du taux marginal d’imposition aux Etats-Unis au cours du dernier siècle (trouvé dans un article de Martin Sandbu). Eisenhower imposait un taux marginal de 91 % aux plus hauts revenus.

lundi 30 juillet 2018

Inégalités : à la recherche des racines de l'exceptionnalisme américain

« On entend souvent dire que les inégalités de revenu ont été, au cours des quatre dernières décennies, exceptionnellement élevées aux Etats-Unis en comparaison avec les autres pays de l’OCDE. Les derniers résultats disponibles de la part de la Luxembourg Income Study qui harmonise les concepts de revenu pour l’ensemble des pays montrent que les inégalités de revenu disponible (par tête) aux Etats-Unis s’élèveraient à 41 points de Gini, soit à un niveau plus élevé que dans tout autre pays aussi riches (le coefficient de Gini est de 32 en Allemagne, 35 en Grande-Bretagne, 35 en Italie, 28 aux Pays-Bas…). Donc, cette affirmation est peu controversée.

lundi 17 novembre 2014

Quelques réflexions sur Thomas Piketty

Recension du Capital au XXIe siècle

 

« Un ami qui a récemment lancé à Belgrade un nouveau magazine en anglais, intitulé Horizons, m'a demandé si j'accepterais de publier dans ce magazine soit une version révisée de ma critique de Piketty parue dans le numéro de juin du Journal of Economic Literature (une version presque identique est disponible ici), soit d'écrire une recension entièrement nouvelle. J'ai choisi la deuxième option. Voici le texte.

samedi 23 août 2014

Monsieur Piketty et les classiques

« Lors d'un séminaire à Oslo le 4 septembre, on m'a demandé (alors que je ne m'y attendais pas) de parler de l'importance des récents travaux de Piketty pour la science économique et en particulier pour l'économie des inégalités. J'ai alors décidé de rassembler quelques réflexions dans une brève note. La voici.

samedi 21 décembre 2013

Le retour du capitalisme patrimonial

Recension du Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty

 

« Nous sommes en présence d’un des livres les plus décisifs de la pensée économique. […] Un lecteur habitué des travaux de Thomas Piketty s’attendrait à découvrir un livre qui discute des enjeux entourant la concentration des revenus. Ce lecteur ne sera pas déçu. Toutes ces questions sont bel et bien là, décrites et expliquées plus clairement que jamais. Ce n’est toutefois pas la seule chose importante du livre. La contribution clé est l’analyse du capitalisme que réalise Piketty. Le livre fournit une "théorie générale du capitalisme". Les enjeux des inégalités ne sont qu’une facette, aussi importante soit-elle, de cette théorie générale. L’objectif de Piketty n’est ni plus ni moins que l’unification de la théorie de la croissance économique avec les théories de la répartition fonctionnelle et personnelle des revenus, et donc une description quasi complète du fonctionnement d’une économie capitaliste. […]