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mardi 7 juillet 2026

Les arguments contre la décroissance s’effritent

Une réponse au Financial Times



« Le 26 juin 2026, le Financial Times publiait un article intitulé "The shrinking arguments for degrowth". Ecrit par John Burn-Murdoch, responsable des données du Financial Times, cette tribune affirmait que "l'idée que la croissance économique soit un obstacle à l'amélioration de notre situation est au mieux dépassée, dans bien des cas une mésinterprétation des données". Il développe sa démonstration en cinq étapes : (1) la croissance économique réduit l'impact environnemental, (2) éradique la pauvreté, (3) augmente tous les salaires et (4) améliore le bien-être, si bien que (5) la décroissance est une très mauvaise idée (d'où le titre de l'article). J'examine chacune de ces affirmations et montre qu'aucune ne résiste à un examen attentif.

lundi 16 février 2026

A propos de la relation tortueuse entre le PIB et les empreintes macroécologiques

« Le découplage est-il en cours, oui ou non ? Et s’il ne l’est pas, pourrait-il jamais se produire ? Ces dernières semaines, The Guardian a publié plusieurs articles sur le sujet, en apparence contradictoires, affirmant à la fois que "la croissance économique n’est plus liée aux émissions de carbone" et que "la croissance économique continue de réchauffer la planète". Cela tombe à point nommé, car le Cambridge Journal of Economics vient de publier un article stimulant sur le sujet : "Degrowth as climate policy: From GDP to consumption reduction" [2026], de Jonathan Aldred, chercheur et maître de conférences en économie à l’Université de Cambridge. Je prendrai cet article comme point de départ pour affirmer (comme je l’ai déjà fait à plusieurs reprises sur mon blog) que l’hypothèse de la croissance verte est surévaluée.

vendredi 28 mars 2025

Le guide égoïste de la décarbonation

« "Penser globalement, agir localement", disait-on avant. Si c'est vrai, pourquoi est-ce un problème que les États-Unis aient (de nouveau) retiré leur soutien de la coordination internationale contre le changement climatique ? Au milieu du vingtième siècle, les États-Unis émettaient à peu près autant de dioxyde de carbone que tous les autres pays du monde combinés. Aujourd'hui, leur part dans les émissions mondiales est inférieure à 15 %. Il est honteux que l'administration américaine ne prenne pas le changement climatique au sérieux, alors qu'une solide majorité d'Américains s'en préoccupe. Mais même sans les Américains, pourquoi nous autres ne pourrions pas simplement "agir localement" ?

mercredi 18 décembre 2024

Changement climatique, banques centrales et arbitrages de la politique monétaire

« Le changement climatique est le défi de notre époque. Ses conséquences sont perceptibles depuis les années 1980 et elles s’accentuent, avec notamment la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Parmi eux, des périodes de températures anormalement élevées se profilent à l’horizon. Non seulement les températures moyennes augmentent, mais l’ampleur et la fréquence des vagues de chaleur augmentent également [GIEC, 2023].

lundi 4 novembre 2024

Décroissance : y a-t-il un consensus quant à savoir si elle pourrait être une bonne idée ?

« Face à la menace du changement climatique et d’autres dommages à l’environnement, certains disent que la solution consiste à inverser notre engagement collectif en faveur d’une croissance économique (economic growth) continue. Mais l’idée de décroissance (degrowth) a tout un éventail de définitions et les analyses des recherches sur le sujet aboutissent à des conclusions contrastées.

vendredi 1 novembre 2024

Le changement climatique provoquera des pertes économiques probablement plus élevées que vous ne le croyez

« C’est la seconde partie d’une série de deux colonnes. Alors que la première colonne fournissait un passage en revue méthodologique de la littérature sur les fonctions de dommages [Aerts et al., 2024], cette colonne discute des implications quantitatives pour les scénarios du NGFS…

jeudi 24 octobre 2024

Comment mesurer les pertes économiques provoquées par le changement climatique ?

« Le changement climatique est le plus grand défi mondial de notre époque. Il pose des risques généralisés et potentiellement très graves pour les sociétés à travers le monde. En 2023, la température moyenne mondiale a atteint un nouveau record, atteignant près de 1,5 °C par rapport à son niveau préindustriel [Copernicus, 2024] et l’été 2024 a été le plus chaud à travers le monde qui ait été enregistré. Cela montre que notre climat évolue rapidement et entraîne des changements qui vont bien au-delà d’une simple hausse des températures. On peut observer une grande variété de risques, qui peuvent entraîner de substantielles pertes économiques. Les exemples de tels risques incluent les dommages aux biens d’équipement provoqués par les inondations, la baisse de la productivité du travail due aux températures élevées et les mauvaises récoltes causées par de sévères sécheresses.

vendredi 13 septembre 2024

Ceci n'est pas la décroissance. Une réponse à Savin et van den Bergh

« Les revues de littérature ne prêtent généralement pas à controverse. Mais ce n’est pas le cas de "Reviewing studies of degrowth: Are claims matched by data, methods and policy analysis?", un papier récent d’Ivan Savin et Jeroen van den Bergh, deux économistes de l’Université autonome de Barcelone. "L’article a déclenché un effondrement", explique Glen Peters, qui a été témoin de l’émoi provoqué en ligne par sa publication la semaine dernière. Giorgos Kallis, l’un des principaux chercheurs sur le thème de la décroissance, l’a qualifié d’"article de mauvaise foi" avec une "étrange méthode", suivi par certains de ses collègues qui l’ont décrit comme une revue "injuste" (Julia Steinberger) avec une "méthodologie extrêmement défectueuse" (Jason Hickel). Plongeons dans le vif du sujet. 

mercredi 11 septembre 2024

Il n’y a pas de base scientifique pour la décroissance

« Au cours de la dernière décennie, de nombreuses études proposant la stratégie de la "décroissance" (degrowth) comme alternative à la "croissance verte" [Tréquer et alii, 2012 ; Tol et Lyons, 2012 ; Aghion, 2023] ont été publiées dans des revues scientifiques. La notion de décroissance fait référence à la réduction de la taille de l'économie pour faire face aux problèmes environnementaux et sociaux. Bien qu’il ait (encore) une place limitée dans le champ universitaire, le sujet reçoit une attention considérable dans les médias et la sphère publique en général. En témoignent deux conférences organisées au Parlement européen.

Pour évaluer la qualité scientifique de la réflexion sur la décroissance, nous avons mené une revue systématique de la littérature portant à partir de 561 études publiées utilisant le terme de "décroissance" dans leur titre [Savin et van den Bergh 2024]. […] 

mercredi 28 avril 2021

Changement climatique versus utopie technologique

« L’Humanité n’a jamais fait face à un défi collectif aussi considérable que celui que représente le changement climatique. Les émissions nettes mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites à zéro dans les trois prochaines décennies pour nous donner une chance de maintenir à 2 °C la hausse des températures relativement aux niveaux préindustriels. Plus nous tardons à atteindre ce seuil, plus il est probable que nous allons vers un scénario catastrophe. Avec les Etats-Unis de retour dans l’Accord de Paris, c’est le moment pour le monde de se réengager dans ces défis historiques.

mardi 17 septembre 2019

Pourquoi les économistes laissent tomber le monde face au changement climatique ?

« Nous sommes désolés de dire que nous pensons que les économistes universitaires laissent tomber le monde. La science économique a apporté une contribution étonnamment limitée aux discussions sur le changement climatique. Pour prendre un exemple, le Quarterly Journal of Economics, qui actuellement la revue la plus citée dans le domaine de la science économique, n'a jamais publié d'article sur le changement climatique. 

lundi 8 octobre 2018

Innovation, croissance et changement climatique. Résumé des travaux de Nordhaus et Romer


« Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel de cette année récompense la conception de méthodes qui contribuent à répondre à certains enjeux les plus fondamentaux et pressants de notre époque : la croissance soutenable à long terme de l’économie mondiale et du bien-être de la population mondiale.

samedi 18 novembre 2017

L’illusion de la "décroissance" dans un monde pauvre et inégal

« J’ai récemment discuté sur Twitter ou via mails avec deux personnes qui sont de grands partisans de la "décroissance". De ces échanges, j’en retire l’impression qu’ils ne sont pas conscients du degré d’inégalité et de pauvreté que connaît le monde aujourd’hui et des arbitrages que nous aurions à faire si nous décidions de fixer le volume de biens et services produits et consommés dans le monde à son niveau actuel.

mardi 3 décembre 2013

Politique et technologie

« Dans notre dernier billet, nous avons discuté de la manière par laquelle la politique gouvernementale peut changer la direction du progrès technique et nous avons précisé certaines répercussions de la croissance économique sur l’environnement. Mais le fait que le gouvernement puisse le faire ne signifie pas qu'il le ferra nécessairement. Qu’il le fasse ou non, cela dépend de la politique (politics). C'est un cas particulier de l'interaction plus générale entre la politique et la technologie, un sujet qui est malheureusement assez ignoré. 

mardi 26 novembre 2013

Le progrès technique tend-il naturellement à préserver l'environnement ?

« Dans notre précédent billet, nous avons discuté de certains éléments empiriques suggérant que la technologie est endogène et qu’elle répond aux pénuries et aux prix. De nombreux économistes ont cherché à modéliser ce type d’endogénéité de la technologie et la façon par laquelle elle répond aux prix. Rappelez-vous ce qu’a dit le grand économiste John Hicks, que nous avons cité dans notre précédent billet, sur la façon par laquelle la hausse du prix d'un facteur aura tendance à entraîner des avancées technologiques permettant d’économiser ce facteur. 

mardi 19 novembre 2013

Ehrlich, Simon et la technologie

« Le nouveau livre de Paul Sabin, The Bet: Paul Ehrlich, Julian Simon and Our Gamble over Earth’s Future, revient sur le célèbre pari entre Ehrlich et Simon. Au fil des ans, de nombreux chercheurs et commentateurs ont fait état publiquement, et parfois très bruyamment, de leurs craintes quant à la capacité de notre planète à soutenir notre mode de vie. L'un des plus originaux était l’écologiste Paul Ehrlich, qui avait prédit à plusieurs reprises au cours des années 1960 et 1970 des pénuries généralisées de ressources et en conséquence une multiplication des catastrophes démographiques. Il est devenu plus qu’un intellectuel public, presque une marque connue de tous.

jeudi 27 juin 2013

Malédiction des ressources naturelles et institutions : soyons plus précis !

« Dans plusieurs billets publiés au cours des dernières semaines (ici, ici, ici, ici et ), nous avons affirmé que les preuves empiriques suggéraient qu'il y avait une "malédiction des ressources conditionnelle" dont l'existence dépendrait des institutions d'une société. Le taux de croissance économique des pays caractérisés par de mauvaises institutions diminue avec les ressources, alors que c’est l’inverse avec les pays ayant de bonnes institutions. 

mardi 25 juin 2013

Ressources naturelles et institutions politiques : le cas de l’Etat rentier

« Penchons-nous à nouveau sur les liens entre ressources naturelles et institutions. Dans un précédent billet, nous avons vu qu’il y avait débat quant à savoir si l’abondance en ressources naturelles sapait ou non la démocratie. L'autre débat qui a relié la question de l’abondance en ressources naturelles, en particulier le pétrole, à celle des institutions politiques, porte autour de la notion d’"État rentier" (rentier state).

mercredi 29 mai 2013

L’abondance en ressources naturelles nuit-elle à la démocratie ?

« La discussion sur la malédiction des ressources naturelles (natural resource curse) au Cameroun soulève la question de savoir si la richesse en ressources naturelles, en particulier l’abondance de pétrole, est susceptible d'influencer aussi bien l'économie que les institutions politiques. Les mécanismes que nous avons proposés pour la malédiction des ressources, sans surprise, opèrent à travers la politique (politics). Mais ils considèrent les institutions politiques comme données. 

jeudi 23 mai 2013

Les mécanismes de la malédiction des ressources

« Nous avons vu dans notre précédent billet que les données transnationales suggéraient que les pays dotés d'institutions faibles (caractérisées notamment par un manque d'équilibre des pouvoirs ou par des niveaux élevés de corruption) connaissent une contraction de leur activité lorsqu’ils découvrent les ressources naturelles. La question est alors de savoir pourquoi.