mardi 16 juin 2026

Bac 2026 : mon corrigé du sujet de SES (jour 1)


Voici ci-dessous mon corrigé pour les sujets de SES tombés aujourd’hui en France métropolitaine. 

Je ne vais pas m’étendre sur ce que je pense de ces sujets... Il est n’est pas facile de proposer un plan pour la dissertation (le programme étant assez vague sur ce qu’on peut y attendre), mais le thème est facile d’accès. Quant à l’épreuve composée, elle est assez technique et asymétrique : les élèves peuvent avoir beaucoup de choses à dire sur les questions rapportant peu de points, mais peu à dire en termes mobilisation de connaissances sur la question comptant le plus de points, l’EC3. Or, pour cette dernière, les documents ne sont pas très engageants (le premier document évoque notamment l’« excédent commercial », une notion qui n’est pas au programme et les concepteurs n’ont pas jugé bon d’ajouter une petite note pour l’expliquer).

 

Dissertation 

Comment les questions environnementales peuvent-elles devenir un problème public ?

A priori, ce sujet ne concerne que la première OA du programme. Si on se base sur le programme, on pourrait imaginer/accepter un plan du type :

I. Différents acteurs participent à la construction des questions environnementales comme problème public et à leur mise à l’agenda politique...

II. ... mais leurs relations peuvent être conflictuelles

 

Epreuve composée

Première partie : Mobilisation des connaissances (4 points)

Vous expliquerez une difficulté soulevée par les chocs asymétriques dans le cadre de la zone euro.

20 pays ont l’euro comme monnaie commune. Il y a donc une unique banque centrale (la BCE) pour l’ensemble de la zone euro, donc une unique politique monétaire, mais chaque Etat-membre garde sa propre politique budgétaire : il y a donc 20 politiques budgétaires nationales. La BCE a pour objectif de maintenir le taux d’inflation de la zone euro à 2 %. Quant à chaque Etat-membre, il doit respecter des règles budgétaires, imposées par les traités européens, notamment chercher à maintenir son déficit public inférieur à 3 % du PIB et sa dette publique inférieure à 60 %. 

La BCE peut gérer les chocs symétriques, c’est-à-dire lorsque les pays-membres connaissent la même conjoncture. Par exemple, si tous les pays-membres connaissent une inflation excessive, la BCE resserrera sa politique monétaire (notamment en augmentant son taux directeur), ce qui freinera le crédit, donc la demande ; les entreprises auront plus de difficultés à vendre, donc elles seront moins tentées d’augmenter leur prix. Le resserrement monétaire bénéficiera donc à tous les pays. Inversement, si tous les pays connaissent une trop faible inflation, la BCE assouplira sa politique monétaire, ce qui bénéficiera à tous les pays.

En revanche, la BCE ne peut gérer efficacement les chocs asymétriques, c’est-à-dire quand certains pays-membres ne connaissent pas la même conjoncture que le reste de la zone euro. Si l’inflation de la zone euro est supérieure à 2 %, la BCE resserrera sa politique monétaire ; mais pour les pays qui ont une inflation inférieure à 2 %, donc une inflation déjà faible, celle-ci s’affaiblira davantage, donc ces pays risquent de basculer dans la déflation, voire la récession, et leur chômage risque d’augmenter.

En principe, ce sont aux Etats-membres de gérer les chocs asymétriques. Par exemple, si un pays-membre connaît une déflation, une récession et/ou du chômage, mais pas le reste de la zone euro, c’est à son gouvernement de chercher à stimuler la demande, en adoptant une relance budgétaire. Le problème est qu’en raison des règles budgétaires, un gouvernement peut ne pas être capable ou désireux de s’endetter, si bien qu’il fera peu de relance et l’économie risque de rester engluée dans sa récession/déflation…

 

Deuxième partie : Étude d’un document (6 points)


1. À l’aide des données du document et d’un calcul simple, vous comparerez l’évolution du vote systématique des 18-29 ans à celle de l’ensemble de la population entre 2012 et 2022. (2 points)

D’après une étude de l’INSEE publiée en 2022, en France métropolitaine, 37 % de l’ensemble des inscrits ont voté à tous les scrutins tenus en 2022, alors que 47,8 % de l’ensemble des inscrits avaient voté à tous les scrutins en 2012. Ainsi, entre 2012 et 2022, la proportion des inscrits qui ont voté systématiquement a baissé de 10,8 points de pourcentage ; elle a été divisée par environ 1,3.

17,3 % des inscrits de 18-29 ans ont voté systématiquement en 2022, contre 26,8 % des inscrits de 18-29 ans en 2012. Ainsi, entre 2012 et 2022, la proportion des inscrits de 18-29 ans qui ont voté systématiquement a baissé de 9,5 points de pourcentage ; elle a été divisée par environ 1,5.

Ainsi, les 18-29 ans (inscrits) ont moins tendance à voter systématiquement que le reste des inscrits. Entre 2012 et 2022, cette tranche d’âge a connu en points de pourcentage une baisse légèrement plus faible (de 1,3 points de pourcentage) de son taux de vote systématique que l’ensemble des inscrits, mais il ne faut pas oublier que son taux de vote systématique était déjà initialement plus faible : en proportion, cette tranche d’âge connaît une plus forte baisse du taux de vote systématique que le reste des inscrits.

 

2. À l’aide du document et de vos connaissances vous montrerez que l’engagement politique dépend de variables sociodémographiques. (4 points)

L’engagement politique désigne la participation à des actions visant à influencer les décisions des pouvoirs publics. 

Cet engagement dépend de variables sociodémographiques : selon la CSP, le niveau de diplôme, l’âge, la génération et le sexe, certains ont plus de chances de se mobiliser, notamment de voter, que d’autres. Notamment, les individus ont d’autant plus de chances de voter qu’ils sont âgés et qu’ils sont diplômés. Par exemple, un inscrit de 65 ans ou plus avait 2,8 fois plus de chances de voter à tous les scrutins qu’un inscrit de 18-29 ans. Il y a en outre un effet de générations : au fil des générations, les cohortes votent de moins en moins (systématiquement) : au fil des élections, la proportion de vote systématique tend à baisser (et le taux d’abstention à augmenter) dans chaque tranche d’âge.

Cela s’explique notamment par le fait que l’engagement implique notamment des ressources, par exemple du temps et des compétences : pour voter, il faut comprendre le rituel du vote, saisir ses enjeux, savoir positionner les candidats dans l’espaces politique, comprendre leur programme, saisir les débats… Or ces ressources sont inégalement réparties dans la population. Les femmes s’engagent moins dans le militantisme (du moins le militantisme syndical et partisan…) que les hommes, car elles sont notamment contraintes par les inégalités dans la répartition des tâches domestiques ; en revanche, elles s’engagent davantage dans les pratiques de consommation engagée (en particulier les gestes écologiques). A mesure que les individus vieillissent, ils acquièrent des compétences politiques, ils se sentent de plus en plus concernés par le vote, donc ils tendent à voter davantage. Les cadres, les diplômés et les riches votent davantage que les ouvriers, les peu/non-diplômés et les pauvres, notamment parce que les premiers possèdent davantage de compétences politiques que les seconds ; ce sont d’ailleurs essentiellement ces derniers qui sont dans l’« abstention hors jeu ». Daniel Gaxie évoquait d’ailleurs un « cens caché » : le cens a beau avoir été aboli, c’est comme s’il n'avait cessé d'exister et empêchait encore les classes populaires de voter.

 

Troisième partie : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire 

À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que la productivité des firmes sous-tend la compétitivité d’un pays, c’est-à-dire son aptitude à exporter.

La compétitivité d’une entreprise désigne sa capacité à rivaliser avec les autres entreprises ; on distingue entre la compétitivité-prix (désignant la capacité d’une entreprise à proposer des prix plus faibles que ses rivales, ce qui implique qu’elle ait de plus faibles coûts de production que celles-ci) et la compétitivité hors prix ou structurelle (désignant la capacité d’une entreprises à proposer des produits différents de ceux de ses concurrents, notamment des produits de meilleure qualité). La compétitivité d’un pays désigne sa capacité à préserver, voire à augmenter, sa part dans les exportations mondiales ; autrement dit, c’est sa capacité à exporter. 

Nous montrerons que la compétitivité d’un pays dépend de la productivité de ses entreprises. 

 

La productivité se mesure ainsi :

Productivité = production/quantité de facteurs utilisés

Si la productivité augmente, cela signifie que les entreprises peuvent produire plus en utilisant autant (voire moins) de facteurs de production. Les entreprises peuvent utiliser leurs gains de productivité pour faire trois choses : baisser les prix, augmenter les salaires et augmenter les profits.

Plus les entreprises sont efficaces, plus elles pourront réduire leurs coûts de production, donc réduire leurs prix de vente, notamment sur les marchés internationaux. Autrement dit, une hausse de la productivité des entreprises permet d’améliorer leur compétitivité-prix. Elles peuvent notamment y parvenir en réalisant des innovations de procédé (c’est-à-dire en trouvant une façon plus efficace de produire), en améliorant l’organisation du travail…

Si les entreprises sont plus efficaces, elles peuvent aussi réaliser plus de profits. Elles peuvent utiliser ceux-ci aussi bien pour réaliser des innovations de procédé, et ainsi gagner en compétitivité-prix, que pour investir dans la recherche-développement, ce qui leur permet de réaliser des innovations de produits et ainsi gagner en compétitivité structurelle.

Dans tous les cas, les entreprises les plus efficaces sont celles qui sont les plus susceptibles d’exporter. Donc plus les entreprises d’un pays sont efficaces, plus ce pays exportera : il aura plus de chances de réaliser un excédent commercial, c’est-à-dire d’exporter plus de biens qu’il n’en importe. 

Dans le cas français, d’après les données de Tristan Gaudiaut (doc 1), l’excédent commercial est plus important (en valeur absolue et surtout en valeur relative) dans l’industrie aéronautique et spatiale que dans le secteur de la chimie, parfum et cosmétique et le secteur des produits agricoles et agroalimentaires. En effet, entre septembre 2023 et août 2024, le montant des exportations de l’industrie aéronautique et spatiale française s’élevait à 57,1 milliards d’euros, tandis que la France importait un montant de 27,7 milliards d’euros de produits du même secteur. Elle réalisait donc dans ce secteur un excédent commercial de 30,6 milliards d’euros. L’excédent commercial du secteur de la chimie, parfum et cosmétique était un tiers moindre et celui du secteur des produits agricoles et agroalimentaires était 6,5 fois moindre. Cela suggère que les entreprises françaises sont plus compétitives dans l’industrie aéronautique et spatiale que dans les autres secteurs.

Les entreprises peuvent augmenter d’autant plus les salaires que leur productivité augmente sans perdre en compétitivité-prix. En revanche, si les salaires augmentent plus vite que la productivité, alors les entreprises perdent en compétitivité-prix. D’après le Rapport du Conseil National de Productivité (doc 3) publié en 2025, entre 2000 et 2022, en France, le salaire moyen a augmenté de 21 %, alors que la productivité globale des facteurs (PGF) n’a augmenté que de 1 %. En Allemagne, la croissance des salaires a été 6 points de pourcentage moindre, tandis que la croissance de la PGF a été 11 points de pourcentage plus élevée. Cela suggère que la France a perdu en compétitivité (-prix) par rapport à l’Allemagne, ce qui explique pourquoi la France connaît un déficit commercial depuis deux décennies et l’Allemagne un excédent commercial.

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