« La médaille John Bates Clark 2025 de l'American Economic Association a été décernée à Stefanie Stantcheva, professeure titulaire de la chaire Nathaniel Ropes d'économie politique à l'Université Harvard, pour ses "contributions fondamentales au domaine de l'économie publique, utilisant un large éventail d'outils pour comprendre l'interaction entre la fiscalité et les comportements des agents privés". Stantcheva est l'une des économistes les plus créatives et intellectuellement ambitieuses de sa génération. Cette récompense est une reconnaissance de l'impact de ses travaux, qui témoignent d’une capacité remarquable à combiner une analyse théorique et empirique rigoureuse à un sens aigu des questions de politique économique pertinentes.Elle a étudié certaines des questions les plus étudiées en économie publique, telles que la conception d'une fiscalité optimale des revenus, l'effet des incitations fiscales sur l'innovation et la croissance économique et la mesure dans laquelle les travailleurs migrent d'une juridiction à l'autre en raison de la fiscalité. Dans chaque cas, elle a découvert de nouveaux éclairages qui font progresser la recherche et la conception des politiques publiques. Elle a également poursuivi un programme de recherche stimulant à l'intersection de l'économie publique, de la macroéconomie et de l'économie politique, en s'interrogeant sur la manière dont les individus se forgent une opinion sur les politiques publiques, notamment en matière de fiscalité et de programmes de protection sociale. Ses travaux les plus récents s’interrogent sur les raisons pour lesquelles certains individus adoptent un raisonnement de "jeu à somme nulle", en considérant que les politiques publiques bénéficient à certains groupes tout en imposant un coût à d’autres, plutôt que de penser que tous peuvent bénéficier de certaines politiques publiques. Ses travaux contribuent non seulement à expliquer pourquoi certaines politiques sont mises en œuvre dans les pays démocratiques, mais offrent également des pistes pour améliorer la compréhension que le public a de ces politiques.
Stefanie Stantcheva est née à Krichim, un village situé près de Plovdiv, en Bulgarie. Sa famille a brièvement vécu à Dresde, en Allemagne de l'Est, au moment de la réunification allemande, pendant que ses parents poursuivaient leurs études supérieures. Elle s'est installée à Paris à l'âge de six ans lorsque son père fut embauché par une multinationale française du secteur de l'énergie. Son intérêt précoce pour la science économique a été stimulé lorsqu’elle a observé, à distance, la transition de l'économie bulgare du communisme au capitalisme. Elle a fréquenté le lycée international de Saint-Germain-en-Laye, près de Paris, l'un des lycées internationaux les plus prestigieux de France. Ce lycée a été fondé après la Seconde Guerre mondiale pour répondre aux besoins de la communauté internationale liée au quartier général de l'OTAN, alors situé à proximité.
Étudiante au Gonville and Caius College de Cambridge, au Royaume-Uni, Stantcheva a étudié l’économie. Elle a passé un semestre à Cambridge, dans le Massachusetts, dans le cadre d'un programme d'échange entre l'Université de Cambridge et le MIT, où elle a suivi un cours d'économie du développement dispensé par Esther Duflo. Elle a participé à plusieurs projets de recherche de Duflo et est restée en contact avec elle après son retour à l'Université de Cambridge pour sa dernière année de licence. Elle a obtenu le meilleur diplôme de première classe à l’Economics Tripos, ainsi que trois distinctions universitaires : le prix Gladstone Memorial pour le meilleur mémoire de licence, le prix Adam Smith pour le meilleur étudiant de licence et le prix du meilleur mémoire de licence en économie. Ce dernier lui a été décerné pour son étude sur l'influence de l'éducation maternelle sur la santé des enfants, réalisée sous la supervision de Thomas Crossley et Partha Dasgupta.
Stantcheva s'est ensuite inscrite au master de l'École polytechnique (ENSAE) et de l'École d'économie de Paris. Après l'obtention de son diplôme, elle a poursuivi sa collaboration avec Duflo, se concentrant désormais sur un projet de microcrédit dans des pays en développement. Encouragée par Duflo, elle a postulé au programme de doctorat en économie du MIT, où elle a été acceptée et où elle s’est inscrite en 2009. Bien qu'elle ait initialement prévu de se spécialiser en économie du développement, sa découverte des finances publiques dès sa première année d'études l'a convaincue que la politique fiscale était un domaine qui faisait le lien entre plusieurs de ses centres d'intérêt. Elle a également commencé à collaborer avec Emmanuel Saez, qui était professeur invité au MIT pour l'année universitaire 2009-2010 et qui enseignait dans le cadre des cours d'économie publique de niveau master. Ce fut le début d'une collaboration majeure. Bien que nous ayons eu la chance d'être les directeurs de thèse officiels de Stantcheva, Saez a été une source précieuse de conseils et d’accompagnement pendant et après ses études supérieures.
Après avoir obtenu son diplôme du MIT en 2014, Stantcheva a été invitée à rejoindre la prestigieuse Harvard Society of Fellows en tant que junior fellow. Huit anciens lauréats de la médaille John Bates Clark, à commencer par Paul Samuelson (en 1947) et plus récemment Isaiah Andrews (en 2021), ont débuté leur carrière universitaire de façon similaire. Stantcheva a rejoint le corps enseignant du département d'économie de Harvard en 2016. Elle a été titularisée en 2018, puis a été nommée professeure titulaire de la chaire Nathaniel Ropes d'économie politique en 2021. En 2020, elle a rejoint le comité de rédaction du Quarterly Journal of Economics, aux côtés d'éminents professeurs de Harvard.
Dans cet essai, nous décrivons les travaux de Stantcheva en finances publiques, en nous intéressant tout particulièrement à quatre thèmes mis en avant dans le texte de motivation de l'American Economic Association : la conception de systèmes d'imposition du revenu optimaux, l'impact de la fiscalité sur l'innovation, les déterminants du soutien de la population aux politiques de redistribution et le rôle de l'information et d'autres facteurs dans le soutien du public à d'autres politiques. […] Nous ne pouvons faire justice à l’ensemble de son œuvre et nous n'avons pas cherché à résumer la vaste littérature existante sur les sujets qu'elle a analysés. Nous espérons néanmoins que cet aperçu incitera les lecteurs à aller plus loin et à explorer le riche programme de recherche de Stantcheva.
La fiscalité optimale du revenu
Un volet important des premiers travaux de Stantcheva porte sur l'imposition optimale des revenus, un sujet largement étudié qui met en lumière les arbitrages entre efficacité et équité au cœur des finances publiques. Elle a examiné le traitement fiscal des rémunérations du travail, apporté de nouvelles données empiriques au débat sur les taux marginaux supérieurs d'imposition et elle a étudié la conception optimale du système fiscal en présence de travailleurs mobiles.
Le problème classique de la fiscalité optimale du revenu, posé par Vickrey [1945], puis formalisé et résolu par Mirrlees [1971], est défini dans un environnement statique dans lequel des travailleurs hétérogènes décident du nombre d'heures qu’ils travaillent pour un salaire fixe. En pratique, les contribuables font face à un problème de cycle de vie plus dynamique et incertain et ils exercent un certain contrôle sur leur rémunération, notamment par leurs choix d’investissement en capital humain. La littérature moderne sur la fiscalité optimale a considérablement enrichi le cadre théorique de Mirrlees en y incorporant de nombreux éléments de ce type, généralement de manière isolée. En particulier, Jacobs et Bovenberg [2011] ont pris en compte les choix éducatifs dans des modèles déterministes à deux périodes, Anderberg [2009] a inclus l'incertitude, mais fait abstraction de l'hétérogénéité, et Farhi et Werning [2013] ont analysé un modèle général de cycle de vie intégrant l’hétérogénéité et l’incertitude, mais en faisant abstraction des investissements en capital humain.
Avec ses contributions novatrices, Stantcheva a enrichi considérablement la réflexion sur l’environnement économique et politique dans lequel les gouvernements cherchent à accroître leurs recettes. Par exemple, de nombreux gouvernements encouragent simultanément l'investissement dans l'éducation en subventionnant les prêts étudiants, tout en prélevant des impôts progressifs sur le revenu du travail qui désincitent les individus à renoncer à des revenus lorsque leurs salaires sont faibles afin d'acquérir des compétences susceptibles d'augmenter leur rémunération. Stantcheva [2017] aborde le problème de la conception conjointe de l'impôt sur le revenu, des subventions à l'éducation et des prêts étudiants dont le remboursement est fonction du revenu, en appliquant des outils de conception de mécanismes dans un cadre riche qui combine l'hétérogénéité des aptitudes, la nature aléatoire des rendements et une structure couvrant l’ensemble du cycle de vie. Elle a construit un modèle dynamique élégant du comportement tout au long du cycle de vie, bien plus riche que les travaux précédents, et caractérise à la fois le barème optimal de l’impôt sur le revenu et l'ensemble optimal de subventions publiques dépendant de l'âge, pour l'investissement dans le capital humain. Elle intègre l'incertitude entourant le taux de rendement de l'éducation sous la forme de chocs sur ces rendements au cours de nombreuses périodes, tout en permettant au gouvernement de déployer un large éventail d'instruments fiscaux dynamiques qui permettent de conditionner, à chaque période, les impôts aux informations observables de la période courante et des périodes passées.
Stantcheva démontre que, sauf si le barème de l'impôt sur le revenu permet de conditionner l’impôt dû par un contribuable à son investissement dans l'éducation, la nature volontaire de cet investissement réduit le degré optimal de progressivité fiscale. Elle constate également que, du point de vue de l'efficacité, les différents barèmes d'imposition et programmes de prêts étudiants sont dominés par les prêts dont le remboursement est conditionné au revenu, qui permettent d'atteindre l'optimum. Dans des simulations calibrées de son modèle, elle constate que le taux de remboursement optimal du prêt augmente rapidement avec le revenu de l'emprunteur, ce qui introduit une importante dimension d’assurance. Ceci est illustré par le graphique 1 […] qui représente le remboursement (en ordonnée) en fonction du revenu de l'emprunteur (en abscisse) pour des niveaux de revenu simulés selon un échéancier de remboursement optimal. La dispersion verticale des taux de remboursement pour chaque niveau de revenu illustre la nature contingente des remboursements : différents historiques de chocs sur les revenus se traduisent par des remboursements différents. Le graphique montre cependant que le remboursement augmente avec le niveau de revenu de l'emprunteur.
Les simulations montrent également qu’une grande partie des gains en bien-être de la politique optimale peut être obtenue grâce à une politique beaucoup plus simple, reposant sur des impôts linéaires sur le revenu, des subventions au capital humain linéaires et des impôts sur les revenus du capital linéaires, tous spécifiques à l'âge. Par exemple, la possibilité de moduler les taux de remboursement des prêts selon l'âge capture une grande partie du gain de bien-être lié aux remboursements conditionnés au revenu. Globalement, cette étude constitue à la fois une avancée technique majeure dans l'application des outils de conception de mécanismes à un problème complexe d'optimisation fiscale et une contribution fondamentale à la conception de politiques publiques d'acquisition de capital humain.
Une autre difficulté potentielle pour la politique fiscale est que le planificateur social chargé de concevoir l'impôt sur le revenu optimal doit considérer non seulement la manière dont les travailleurs adapteront leur comportement en fonction de la rémunération du travail après impôt, mais aussi la façon dont les entreprises ajusteront la structure de leurs contrats de travail à la suite de modifications du code des impôts. En conséquence, l'impôt sur le revenu optimal est influencé par une asymétrie d'information au sein des entreprises qui les empêche d'observer directement la productivité de leurs salariés. Stantcheva [2014] a étudié le problème intéressant mais complexe qui se pose lorsqu'il existe deux niveaux de contractualisation optimale : les entreprises doivent concevoir et mettre en œuvre une structure de rémunération et l'État doit percevoir les recettes fiscales en taxant les salaires qui en résultent. Lorsque les entreprises ont une information imparfaite, leur structure de rémunération optimale peut présenter un écart entre le salaire et la productivité marginale du travailleur. Les entreprises conçoivent généralement des contrats qui incitent les travailleurs à fournir davantage de travail qu’ils ne choisiraient d’en fournir en l'absence d'asymétrie d'information. Les structures de rémunération de nombreux travailleurs très qualifiés, tels que les cadres supérieurs et les professionnels travaillant en équipe ou encore les avocats et les chercheurs, peuvent coller à ce cadre. Dans ce cadre, une hausse d'impôt peut inciter les entreprises à modifier leur politique de rémunération afin de préserver les incitations pour les travailleurs très qualifiés, ce qui complique l'analyse de l’efficacité et de l'incidence de l'imposition sur le revenu. Cette étude relie la théorie de la conception des rémunérations au sein des organisations à la théorie de l'imposition optimale sur le revenu.
Un résultat surprenant de cette étude est que l'introduction de la sélection adverse et de contrats de travail séparateurs dans une économie qui en est dépourvue améliore le bien-être. Bien que ce constat puisse paraître contre-intuitif, il s'explique par le fait que si le planificateur internalise correctement les contrats d'entreprise, ces derniers enrichissent l'arsenal d'outils disponibles par rapport au problème d'optimisation fiscale de Mirrlees. Les entreprises deviennent ainsi des partenaires de l'État en aidant à sélectionner plus efficacement les travailleurs. Cette étude montre également que si l'État effectue une analyse standard fondée sur le modèle de Mirrlees et omet de prendre en compte l'existence des contrats de travail, l'impôt sur le revenu optimal, fondé sur des statistiques suffisantes, peut aboutir à un résultat sous-optimal.
Dans un contexte multijuridictionnel, une autre conséquence potentielle de la politique fiscale est la distorsion des décisions de localisation des travailleurs mobiles. Henrik Kleven, Camille Landais, Mathilde Munoz et Stantcheva [2020] soulignent que l'élasticité de la migration des travailleurs par rapport aux salaires nets d'impôt dans les différentes juridictions est susceptible de varier selon le type de travailleur et d'être la plus élevée pour les professions présentant un faible capital humain spécifique au lieu. Ils étudient le taux d'imposition des travailleurs mobiles qui maximise le bien-être lorsque les juridictions choisissent leurs taux d'imposition indépendamment et lorsqu'elles sont en mesure de se coordonner au sein d'une fédération. Certains pays et juridictions de plus petite taille ont tenté de tirer profit de la mobilité des travailleurs en proposant des barèmes d'imposition plus avantageux aux immigrés. Stantcheva et ses coauteurs [2020] examinent les effets, en termes de recettes et de bien-être, des régimes fiscaux préférentiels pour les travailleurs étrangers et constatent que les élasticités estimées de l'immigration peuvent être suffisamment importantes (par exemple dans le cas du Danemark) pour justifier des régimes préférentiels comme moyen de maximiser les recettes fiscales. Néanmoins, ils observent que l'élasticité de la mobilité transfrontalière peut dépendre de nombreux facteurs, notamment des aménités nationales, du degré de coordination fiscale entre les juridictions et d'autres politiques publiques qui affectent les mouvements de population transfrontaliers, et que la généralisation d'un pays à l'autre peut ne pas constituer un guide suffisamment fiable pour concevoir les politiques publiques.
Les taux d'imposition sur le revenu peuvent également influencer l'effort que les salariés consacrent à la négociation salariale et, par conséquent, leur structure de rémunération avant impôt. Cette considération prend une importance particulière si les plus hauts revenus reflètent en partie le partage des rentes entre les entreprises et leurs salariés. L'étude largement citée de Piketty, Saez et Stantcheva [2014] examine comment les rentes des entreprises affectent la progressivité optimale. Lorsque les taux marginaux d'imposition sont très élevés, l'incitation des dirigeants à exiger des rémunérations exorbitantes est modérée, mais lorsque les taux marginaux sont bas, les actions susceptibles d'accroître la rémunération avant impôt sont plus attrayantes. Cette étude examine si la baisse des taux marginaux d'imposition aux États-Unis, consécutive à la réforme fiscale de 1986, a incité ceux qui participent à la négociation de leur rémunération (les sportifs de haut niveau, les PDG et d’autres) à consacrer davantage d’efforts à cette négociation. Cette interprétation en termes de transfert de rente fiscale offre une alternative à l’idée selon laquelle la hausse des revenus au sommet de la distribution serait due à une productivité accrue de ces travailleurs dans une économie de plus en plus mondialisée. L'analyse présentée dans cet article est fréquemment citée dans les débats politiques sur la progressivité de l'impôt sur le revenu.
Une étude connexe de Saez et Stantcheva [2016] examine les fondements philosophiques des préférences sociales qui sous-tendent la théorie moderne de la fiscalité optimale. Elle explore comment des pondérations de bien-être social généralisées, issues des principes de justice sociale, peuvent être utilisées pour agréger les gains et les pertes que différents individus subiront à la suite d’une réforme fiscale. Elle attire l’attention sur les apports de la théorie du choix social qui n'ont pas été largement abordés en finances publiques. De plus, elle propose un cadre concis permettant d'intégrer l'utilitarisme et ses alternatives comme points de départ pour l'analyse fiscale.
Une autre étude de Stantcheva et Saez [2018] utilise un modèle où le patrimoine est l’un des arguments de la fonction d'utilité pour déterminer les taux d'imposition optimaux sur le revenu du capital et fournir les statistiques suffisantes pour leur mise en œuvre. L’innovation de cette étude réside dans son cadre économique : la plupart des travaux antérieurs sur la taxation optimale du capital ont utilisé soit un modèle à générations imbriquées, soit un modèle à horizon infini, dans lequel la richesse n'a de valeur que pour le flux de consommation future qu'elle génère. Stantcheva [2020] examine trois cadres d'analyse de la taxation du capital : le cadre dynamique de Mirrlees, où le revenu du capital n'est imposé que si cela améliore les incitations à travailler ; le cadre dynamique de Ramsey, où les taxes sur le capital apparaissent généralement dans le cadre d'un programme fiscal optimal lorsqu’on ne peut envisager des taxes sur le revenu du travail variant en fonction de l'âge ; et le cadre des "statistiques suffisantes", où les arbitrages entre équité et efficacité sont analysés dans un modèle où le patrimoine entre dans la fonction d'utilité, comme dans Saez et Stantcheva [2018]. Cette synthèse montre que la question "comment le revenu du capital doit-il être imposé ?" reste irrésolue, car les trois cadres d'analyse donnent des réponses différentes et aboutissent à des taux d'imposition optimaux sur le capital en se basant sur des considérations économiques différentes.
La fiscalité, les innovateurs et l’innovation
L'impact de la fiscalité sur la croissance économique est l’une des questions clés en économie publique. L'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu des particuliers influent sur les incitations des entreprises à investir dans la recherche-développement, ainsi que sur celles des individus à s'orienter vers des carrières liées à l'innovation. Stantcheva a contribué à ce domaine important en apportant de nouvelles stratégies d'identification et en exploitant de longues séries de données historiques pour mesurer l'impact de la fiscalité sur l'innovation.
Encourager l'immigration des chercheurs de renommée internationale (une catégorie de travailleurs mobiles dont la localisation peut être influencée par la fiscalité) est un moyen pour un pays de favoriser l'innovation de pointe via la fiscalité. Ufuk Akcigit, Salome Baslandze et Stantcheva [2016] ont étudié l'impact des taux d'imposition des revenus des particuliers sur les choix de localisation des innovateurs. Ce projet s'appuie sur les registres internationaux de brevets et reconstitue des "trajectoires de localisation" pour les chercheurs de premier plan. Si les inventeurs découvrent leur niveau de productivité au fil du temps, ceux qui sont les plus performants et qui anticipent des revenus plus élevés seront davantage incités à s'installer dans des juridictions à faible imposition. De fait, ces incitations sont importantes : les inventeurs les plus performants sont plus enclins à émigrer dans les pays où les taux marginaux supérieurs d'imposition sont faibles que leurs homologues moins performants. Le graphique 2 […] illustre cette relation en représentant la part des inventeurs les plus productifs d'un pays nés à l'étranger en fonction du "taux de rétention" (keep ratio), c’est-à-dire un moins le taux marginal d'imposition des plus hauts revenus du pays. Les données comparatives internationales suggèrent une élasticité d'environ 0,47, les inventeurs talentueux étant attirés par les juridictions à faible imposition.
Des changements fiscaux propres à certains pays suggèrent des réactions comportementales encore plus marquées. Le graphique 3 […] illustre l'évolution de la part d’inventeurs nés à l’étranger parmi les inventeurs les plus productifs aux États-Unis avant et après la réforme fiscale de 1986, qui a abaissé les taux marginaux d'imposition des plus hauts revenus de 50 % à 28 %. Après avoir analysé de multiples sources de données, cette étude conclut qu'une augmentation de 1 % du taux de rétention peut entraîner une hausse de 1 % du nombre d'inventeurs étrangers de haut niveau dans le pays. En comparaison, la sensibilité des inventeurs domestiques est bien moindre : de 0,03 % seulement. Ces résultats indiquent que des impôts fortement progressifs peuvent inciter les inventeurs à émigrer, un problème particulièrement préoccupant si ces derniers génèrent des externalités positives pour les autres chercheurs de leur pays d’origine.
Divers autres instruments fiscaux pourraient également influencer les incitations des investisseurs à financer la recherche-développement (R&D), ainsi que celles des chercheurs. Akcigit, Douglas Hanley et Stantcheva [2022] ont démontré que lorsque les entreprises présentent une productivité de R&D hétérogène, les politiques uniformes incitant aux dépenses de recherche (telles qu'un crédit d'impôt pour la R&D à taux constant pour toutes les entreprises) ne sont pas optimales. Pour certaines paramétrisations de la complémentarité entre la productivité non observée, les intrants de R&D non observés et les intrants de R&D observés, les politiques optimales peuvent générer une production de recherche nettement supérieure à moindre coût que ne le permettent des politiques plus simples à incitations constantes. L'article utilise les données COMPUSTAT sur les entreprises américaines, combinées aux données de délivrance de brevets, afin d'estimer le degré d'hétérogénéité entre les entreprises. Lorsque cette estimation est intégrée au cadre des subventions optimales, il apparaît que la mise en œuvre de la politique optimale permet des gains substantiels. Bien que les politiques optimales soient complexes, la plupart des gains de bien-être peuvent souvent être obtenus grâce à des politiques relativement simples, telles qu'un impôt sur les sociétés linéaire dont le taux diminue avec les bénéfices des entreprises et une subvention à la R&D non linéaire accordant une subvention moindre aux entreprises qui dépensent le plus en R&D. Les entreprises les plus productives en matière de recherche génèrent des bénéfices élevés et sont donc incitées à poursuivre leurs efforts de recherche grâce à leur faible taux marginal d'imposition. Par ailleurs, la réduction de la subvention à la R&D pour les entreprises qui investissent beaucoup dans ce domaine diminue progressivement la subvention pour les entreprises qui entreprennent des projets marginaux moins productifs, que ceux des entreprises capables de dégager des profits élevés avec de moindres dépenses en R&D. Cet article apporte deux contributions majeures : il applique des outils de la conception de mécanismes à la question de la conception optimale des subventions à la R&D et il fournit des éléments empiriques sur les gains résultant de la mise en œuvre de subventions optimales, susceptibles d'inciter les décideurs politiques à accorder une plus grande attention à la conception des subventions.
L'ensemble des politiques fiscales susceptibles d'affecter l'innovation englobe les taux d'imposition des sociétés, les taux d'imposition des revenus des particuliers et les subventions à la recherche-développement. L'étude d’Akcigit, John Grigsby, Tom Nicholas et Stantcheva [2022] est un tour de force empirique qui analyse des données relatives à l'activité de dépôt de brevets depuis 1920. Elle examine l'impact des impôts sur le revenu des sociétés et des particuliers, tant au niveau fédéral qu'au niveau des États, sur cette activité. Cette étude apporte la preuve la plus convaincante à ce jour d'un lien entre les taux d'imposition et l'innovation. L’impôt sur les bénéfices des sociétés et l’impôt sur le revenu des particuliers, au niveau des États, sont tous deux corrélés négativement à l'innovation au sein de l'État, que ce soit en termes de nombre d'inventeurs ou de nouveaux brevets. Une baisse de 1 % du revenu net d’impôt d’un inventeur réduit le nombre annuel de brevets d'environ 0,8, tandis qu'une baisse de 1 % du revenu net d’impôt de l’entreprise réduit l'activité de dépôt de brevets d'environ 0,6 %. Certains éléments empiriques indiquent que les effets de la fiscalité sont atténués dans les clusters d'innovation comme la Silicon Valley.
Il y a de nombreuses marges de réaction des comportements à la fiscalité et de nombreux canaux via lesquels les changements fiscaux affectent la recherche-développement et l'innovation. Akcigit et Stantcheva [2022] ont examiné les mécanismes via lesquels les politiques fiscales générales, telles que les taux d’imposition des revenus des particuliers et des bénéfices des sociétés, et les politiques fiscales spécifiques à la R&D, telles que les crédits d’impôt pour la R&D ou les taux d’imposition réduits sur les revenus tirés des brevets ou d’autres revenus liés à l’innovation, affectent le niveau et la localisation de l’activité innovante. Ils affirment que les changements des taux d'imposition constituent une source de variation sous-exploitée du coût effectif des projets de recherche. On pourrait consacrer un module entier d'un cours de master en économie publique aux "politiques publiques et la R&D" en utilisant le cadre théorique développé dans cette étude, en complément de l'analyse empirique présentée dans les autres travaux de Stantcheva.
L’économie politique de la redistribution
Les travaux innovants de Stantcheva en économie politique se basent sur des enquêtes pour aborder deux questions clés : quels facteurs sous-tendent les préférences de la population en matière de politique publique ? Comment les individus cadrent-ils et analysent-ils les enjeux liés à l'élaboration des politiques publiques ? Bien sûr, les enquêtes sur les croyances et les attitudes à l'égard des politiques publiques sont courantes, non seulement en science économique, mais aussi dans des disciplines connexes comme la science politique et la sociologie. Toutefois, la nouveauté de son approche réside dans la conception d'enquêtes étroitement liées aux théories et aux données économiques qui éclairent les questions de politique publique. Elle ne se demande pas seulement ce que pense la population, mais aussi quelles sont les informations sur lesquelles elle s’appuie pour se forger une opinion et quel cadre elle utilise pour évaluer les différentes options de politique publique ? En intégrant des essais contrôlés randomisés aux méthodes d'enquête traditionnelles, Stantcheva étudie l'influence de nouvelles informations et de nouvelles perspectives conceptuelles sur les préférences en matière de politique publique, ainsi que la manière dont ces réponses concordent avec les modèles économiques.
Ce programme de recherche est né de la volonté de comprendre pourquoi tant de personnes, qui bénéficieraient en apparence d'une redistribution plus importante, choisissaient de ne pas voter pour des impôts plus élevés et plus progressifs, assortis de programmes de transferts sociaux plus généreux. Ce manque de soutien en faveur de la redistribution tient-il à des considérations non économiques ou bien à un manque d'information et de compréhension des bénéfices économiques que les politiques de redistribution pourraient engendrer ? L'étude de Ilyana Kuziemko, Michael Norton, Saez et Stantcheva [2015] a utilisé des enquêtes en ligne pour examiner comment les représentations quantitatives que se font les individus de l'ampleur des inégalités de revenus et de patrimoine influencent leurs préférences en matière de politiques publiques. Lorsque les participants ont appris où se situait leur revenu familial dans la distribution des revenus aux États-Unis et où il se serait situé plusieurs décennies plus tôt, lorsque les inégalités étaient moindres, beaucoup ont exprimé une plus grande inquiétude face aux inégalités économiques en tant que problème social. Cependant, très peu de répondants ont ensuite modifié leur opinion concernant le taux d'imposition maximal optimal et d'autres politiques de redistribution. La seule politique pour laquelle l'intervention informationnelle a modifié les préférences déclarées est l’impôt sur les successions. De nombreux répondants étaient réticents à soutenir des taux d'imposition sur le revenu plus progressifs ou des salaires minimums plus élevés, car ils n'étaient pas convaincus que de nouvelles politiques permettraient de réduire les inégalités. La présentation de données sur les inégalités aux répondants renforce leur intérêt pour les réformes susceptibles de les réduire, mais soulève également des questions telles que "comment le gouvernement a-t-il pu laisser faire cela ?" et diminue la confiance dans l’efficacité de la redistribution progressive.
Stantcheva [2021] a examiné la compréhension qu'ont les répondants des effets économiques de la fiscalité. Elle les a interrogés sur leurs préférences concernant l'impôt sur le revenu et l'impôt successoral, puis les a soumis à trois traitements pédagogiques différents. Le premier traitement, la "Redistribution", portait sur les effets distributifs que pourraient avoir les réformes fiscales sur les ménages à hauts et à faibles revenus. Le deuxième, l’"Efficacité", mettait l'accent sur les distorsions liées à des taux marginaux d'imposition plus élevés. Le troisième, intitulé "Economiste", combinait "Redistribution" et "Efficacité" afin de donner une idée des arbitrages associés aux différentes réformes fiscales. Les traitements "Redistribution" et "Economiste" ont accru le soutien à une fiscalité plus progressive, tandis que le traitement "Efficacité" n'a eu aucun impact statistiquement significatif. On observe également de fortes disparités d'opinions entre les répondants qui déclarent appartenir à des partis politiques différents. En moyenne, les démocrates pensent que les impôts sont plus bas qu'ils ne le sont réellement et que ne le pensent les républicains et ils estiment que les effets distorsifs d'une hausse des impôts sont faibles.
Une explication possible du faible soutien public en faveur de la redistribution, analysée par Luttmer [2001] et de nombreux autres chercheurs, réside dans la conviction que les bénéficiaires des transferts appartiennent à des groupes ethniques différents du leur ou sont des immigrés plutôt que des natifs. Alesina, Armando Miano et Stantcheva [2023] ont présenté de nouvelles données sur la perception des immigrés par les autochtones de six pays de l'OCDE et sur la manière dont le sentiment anti-immigrés se traduit par une opposition à la redistribution. La plupart des personnes interrogées surestiment largement le nombre d'immigrés dans leur pays et sous-estiment le degré de similarité entre la population immigrée et la population autochtone. Lorsqu'on les amène à réfléchir à la question des immigrés avant de répondre aux questions sur la redistribution, elles se montrent moins favorables aux programmes de transferts. Les interventions éducatives visant à corriger les idées fausses concernant la taille et la composition de la population immigrée n'ont eu que très peu d'effet sur le soutien à la redistribution, ce qui suggère que les représentations qui sous-tendent les croyances des personnes interrogées sont profondément ancrées. S’appuyant sur ces résultats empiriques, Alesina et Stantcheva [2020] ont développé un cadre conceptuel pour expliquer la relation entre les croyances concernant les immigrants ou les minorités et le soutien à la redistribution.
Outre la documentation des différences de perception des répondants concernant les faits économiques fondamentaux, Stantcheva explore également les différences dans les cadres d'analyse qu'ils appliquent aux questions de politique économique. Sahil Chinoy, Nathan Nunn, Sandra Sequeira et Stantcheva [2026] ont interrogé plus de 20 000 Américains sur leur conviction que les gains que procure une politique à un sous-groupe de la population sont généralement obtenus au détriment d'un autre groupe (autrement dit, l'hypothèse d'un gâteau de taille fixe) ou si ces gains sont généralement associés à un accroissement global des retombées économiques. Ils constatent que plusieurs caractéristiques individuelles sont corrélées à une vision de la politique publique comme un jeu à somme nulle. Les immigrés et leurs enfants, par exemple, sont moins susceptibles d'adopter ce raisonnement. Les personnes issues de familles ayant connu une mobilité économique ascendante relativement faible, ainsi que les descendants d'esclaves, sont davantage susceptibles d’adopter cette vision. Les répondants qui se déclarent fortement ou modérément républicains sont moins susceptibles d'adhérer à la pensée du jeu à somme nulle que ceux qui se déclarent fortement ou modérément démocrates, comme le montre le graphique 4 […]. L'étude apporte également d'autres éclairages sur la corrélation entre les opinions des répondants sur les politiques publiques et cette vision en termes de jeu à somme nulle. Les personnes ayant un score élevé sur l'indice de raisonnement à somme nulle sont plus enclines à soutenir la redistribution des ressources économiques par l'État, la discrimination positive et les politiques d'immigration restrictives.
Les études précédentes démontrent la remarquable capacité des enquêtes bien conçues à recueillir des informations sur les déterminants des préférences en matière de politiques publiques, mais les données d'enquête présentent néanmoins des limites. Par exemple, lorsqu'il s'agit de mesurer les caractéristiques déclarées par les répondants, celles-ci se révèlent moins fiables que les données administratives. Dans cette approche, le saint graal serait de relier les données administratives et les données d'enquête. Kristoffer Hvidberg, Claus Kreiner et Stantcheva [2023] ont utilisé des données administratives danoises sur le revenu des répondants et d'autres caractéristiques pour étudier comment les opinions sur la répartition des revenus et les préférences en matière de réduction des inégalités dépendent du revenu imposable d'un individu. Le graphique 5 […] montre que les Danois ayant de faibles revenus ont tendance à surestimer leur position dans la distribution des revenus : en moyenne, ceux qui se situent près du 10e centile de la distribution pensent se situer au 30e centile, alors que la réponse médiane est plus proche du 15e centile, tandis que ceux qui se situent près du 80e centile dans la répartition des revenus pensent se situer au 70e centile. Les perceptions du caractère injuste des inégalités de revenus semblent varier selon le contexte. Lorsque les différences se manifestent au sein de groupes bien définis, comme des entreprises ou des groupes caractérisés par un niveau d'études similaire, elles sont jugées moins injustes que lorsqu'elles s'observent à l'échelle de l'économie en général.
Stantcheva [2021, 2024a] a synthétisé ses conclusions sur le soutien politique en faveur de la redistribution. Elle en tire notamment la leçon que la diffusion d'informations (par exemple, des données sur la forme de la distribution des revenus ou le degré de mobilité économique intergénérationnelle) ne modifie pas sensiblement les préférences en matière de politiques publiques. De plus, les individus comprennent mal les mécanismes par lesquels les politiques publiques peuvent influencer la répartition des ressources. Elle conclut que l'éducation économique a un rôle à jouer pour aider le public à établir le lien entre les politiques publiques et leurs conséquences économiques.
Ce que la population pense de l’inflation, de la réponse à la pandémie et du changement climatique
Stantcheva a utilisé des essais randomisés dans le cadre d’enquêtes pour étudier plusieurs sujets, outre les politiques de redistribution, notamment l'inflation, l'impact de la pandémie de Covid-19 sur le soutien aux politiques publiques et la perception que la population a du changement climatique et des politiques climatiques. En 2024, elle a mené une enquête sur les opinions relatives à l'inflation et aux politiques économiques qui l'influencent. Stantcheva [2024b] a constaté qu'en moyenne les républicains, les femmes et les personnes noires ont perçu des taux d'inflation plus élevés que les autres groupes.
Les personnes déclarant être républicaines étaient deux fois plus susceptibles que celles déclarant être démocrates d’imputer la hausse de l'inflation au président Biden (24 % contre 12 %), tandis que la tendance s'inversait (8 % contre 13 %) lorsqu'il s'agissait d'invoquer la cupidité comme explication. Alberto Binetti, Francesco Nuzzi et Stantcheva [2024] ont recueilli des informations complémentaires sur la manière dont les ménages réagissent à l'inflation. 35 % des répondants ont indiqué que le premier coût de l’inflation était de rendre les décisions quotidiennes plus compliquées et l'inflation était globalement considérée comme un problème économique plus grave que le chômage élevé.
En avril 2020, Marcella Alsan, Stantcheva, David Yang et David Cutler [2020] ont mené une enquête auprès de près de 5 200 adultes américains et ont constaté des différences significatives selon l’âge et l’origine ethnique en matière de connaissances et de croyances concernant la pandémie de Covid-19, les personnes de plus de 55 ans étant les mieux informées. Dans une étude connexe portant sur les comportements d’évitement lors de la pandémie, Yann Algan, Daniel Cohen, Eva Davoine, Martial Foucault et Stantcheva [2021] ont constaté que la confiance du public envers les scientifiques était le principal déterminant du respect des mesures non pharmaceutiques. Alsan, Luca Braghieri, Sarah Eichmeyer, Minjeong Kim, Stantcheva et Yang [2023] ont réalisé des enquêtes dans 15 pays. Ils ont constaté que, dans la plupart de ces pays, la population, et en particulier les personnes à hauts revenus, était prête à renoncer à certaines libertés individuelles pour améliorer la sécurité sanitaire. Dans une étude sur la façon dont l'information affecte le soutien aux politiques climatiques, Antoine Dechezlepretre, Adrien Fabre, Tobias Kruse, Bluebery Planterose, Ana Sanchez Chico et Stantcheva [2025] ont constaté que les interventions informationnelles qui fournissent des données sur les effets potentiels du changement climatique ont un impact relativement faible, mais qu'expliquer comment les politiques affectent le comportement (par exemple en décrivant comment une taxe sur les combustibles fossiles réduit la demande d'essence des ménages et des entreprises) renforce le soutien à ces politiques.
Les travaux de Stantcheva basés sur des enquêtes ont suscité l'intérêt d'autres chercheurs, d'analystes politiques et du grand public, car ils abordent de façon innovante des questions importantes et développent des approches inédites pour comprendre comment les individus se forgent une opinion sur les politiques publiques. Le Social Economics Lab de Harvard, qu'elle a fondé, est à la pointe de ces recherches. Stantcheva [2023] a passé en revue plusieurs enseignements relatifs à la conception des enquêtes. Ce domaine de recherche est en constante évolution. Par exemple, les récentes avancées dans le domaine des grands modèles de langage permettent d'extraire davantage d'informations des réponses non structurées aux enquêtes qu'auparavant, comme l’ont expliqué Ingar Haaland, Christopher Roth, Stantcheva et Johannes Wohlfart [2025], ainsi que Beatrice Ferrario et Stantcheva [2022]. [...]
Conclusion
Les travaux de Stantcheva apportent de nouveaux éclairages sur certaines des problématiques les plus anciennes de l'économie publique et ils repoussent les frontières de ce domaine. Elle a formulé de nouvelles questions à l'intersection de l'économie politique et de l'économie publique et elle a développé des stratégies de recherche novatrices pour les étudier. Ses travaux ont non seulement influencé l'orientation de la recherche en économie publique et, plus largement, de la profession d'économiste, mais ils ont également attiré l’attention des décideurs politiques et d'autres cherchant à comprendre comment le public perçoit et analyse les politiques publiques.
Au-delà de ses contributions à la recherche, Stantcheva contribue activement à la vie universitaire en économie et aux débats sur les politiques économiques. Elle est une enseignante remarquable, tant auprès des étudiants de premier cycle que des cycles supérieurs, est une directrice de thèse très recherchée, une mentore pour les nombreux étudiants affiliés au Social Economics Lab et une éditrice rigoureuse du Quarterly Journal of Economics. Elle trouve aussi le temps de participer aux discussions sur la politique économique et de vulgariser ses travaux auprès des responsables politiques et des experts en politiques publiques. Son parcours professionnel illustre parfaitement comment un économiste peut contribuer à éclairer et améliorer les politiques publiques. »
James Poterba & Iván Werning, « Stefanie Stantcheva, 2025 Clark Medalist », in Journal of Economic Perspectives, vol. 40, n° 3, été 2026.
Références
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Aller plus loin…


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