« L’École doctorale de l'université de la Ville de New York (CUNY) a organisé le 26 avril un débat autour des effets du commerce sur les emplois et les salaires américains. Les participants étaient David Autor et Ann Harrison, auteurs d’articles économiques incontournables sur les effets des exportations chinoises sur l’emploi et les salaires américains (et professeurs respectivement au MIT et à Wharton), Brad DeLong, un économiste touche-à-tout qui a été un haut responsable au Trésor sous l’administration Clinton (et professeur à Berkeley) et Paul Krugman, un récipiendaire du Nobel d’économie, professeur à l’Université de New-York et probablement l’un des trois économistes les plus influents dans le monde.
jeudi 27 avril 2017
Le débat à propos des effets respectifs de la technologie et du commerce international sur l'emploi américain
mercredi 12 avril 2017
Les Français, les Américains
« Je continue de penser aux élections qui se tiendront prochainement en France. Est-ce que Le Pen sera le prochain Trump ? Je n’en ai aucune idée. Mais j’ai remarqué avec intérêt à quel point il y a peu de ressemblances entre l’économie française et l’économie américaine, ce qui m’amène davantage à douter de la capacité de "l’anxiété économique" à expliquer l’envolée populiste.
mardi 11 avril 2017
L’Europe a des problèmes, mais Le Pen n’est pas une solution
« La France tiendra une élection présidentielle dans quelques semaines et beaucoup craignent (avec raison) un nouveau choc Trump. En effet, les difficultés de l’euro ont terni la réputation du projet européen (la longue marche vers la paix et la prospérité via l’intégration économique) et ont fait le jeu des politiciens anti-européens. Et des contacts français me disent que la campagne de Le Pen cherche à dépeindre les critiques que d’éminents économistes ont fait des politiques européennes comme constituant des soutiens implicites au programme du FN.
Ce n’est pas le cas.
vendredi 7 avril 2017
Nous savons ce qui cause les déficits commerciaux
« Le 31 mars, le Président Donald Trump a commandé une étude sur les causes du déficit commercial des Etats-Unis qui va se focaliser sur les barrières commerciales et les pratiques commerciales déloyales des pays étrangers. Les économistes, cependant, s’accordent largement à l’idée que les barrières commerciales ne provoquent pas les déficits commerciaux. Un pays ne peut avoir un déficit commercial que s’il emprunte en net vis-à-vis du reste du monde. Les barrières commerciales n’ont que des effets mineurs sur les décisions d’emprunt et de prêt. Elles peuvent réduire les importations dans les secteurs affectés, mais elles poussent le taux de change à s’apprécier pour provoquer des changements compensateurs sur d’autres importations et exportations.
mercredi 8 février 2017
Qu’entendons-nous par "malthusien" ?
« […] Plusieurs hypothèses de Malthus à propos du fonctionnement des économies, en particulier avant le début du dix-neuvième siècle, c’est-à-dire avant l’ère de la croissance soutenue, sont bien fondées. Et elles ont des implications qui aident à comprendre le monde de cette époque. Certaines hypothèses de Malthus peuvent aussi être pertinentes pour aujourd’hui. Dans ce billet, je vais tenter de préciser ce que signifie le terme "malthusien" et je vais ensuite me pencher sur certains de ses usages […].
lundi 30 janvier 2017
L'impact économique du colonialisme
« Les immenses inégalités économiques que nous observons aujourd’hui dans le monde ne sont pas apparues du jour au lendemain, ni même au cours du siècle dernier. Elles sont le résultat d’une multitude de processus historiques dépendants de la trajectoire suivie (path-dependent), dont l’un des plus importants a été le colonialisme européen. Si nous revenons cinq cents ans en arrière, c’est-à-dire à l’aube de ce projet colonial, nous voyons peu d’inégalités et de faibles différences entre pays pauvres et pays riches (les seconds étaient 4 fois plus riches que les premiers). Aujourd’hui, les pays les plus riches sont plus de 40 fois plus riches que les pays les plus pauvres du monde. Quel rôle le colonialisme a-t-il joué dans tout cela ?
mardi 27 décembre 2016
Comment les droits de douane influencent-ils le solde commercial ?
« […] D’une certaine façon, il est difficile de rester motivé à propos de l’analyse économique lorsque l’on va avoir un gouvernement qui ne s’intéresse pas à l’analyse, ni à l’empirique, ni à une quelconque forme de vérité. Je vais quand même faire un peu d’analyse de politique économique. C’est en partie une thérapie personnelle, une pause momentanée hors du cauchemar politique et un retour à mes quêtes de mes plus jeunes années. Mais c’est aussi utile : le pouvoir peut ne pas y avoir intérêt, mais le reste d’entre nous avons toujours un intérêt à savoir comment les choses fonctionnent.
lundi 26 décembre 2016
Analytique des déficits commerciaux et de l'emploi manufacturier
« Les critiques que suscite mon travail peuvent se révéler enrichissantes, même quand leurs auteurs n’en ont pas saisi les points essentiels. C’est précisément le cas avec la critique que soulève Tim Worstall à l’encontre de mon analyse des liens entre le commerce et l’emploi. Worstall semble étrangement incapable de saisir que ce que l'Economic Policy Institute, Dean Baker et moi-même sommes en train de réaliser n’est pas une analyse des effets des déficits commerciaux sur l’emploi total et il suggère même que nous sommes empêtrés dans une sorte de sophisme en affirmant que les déficits commerciaux réduisent les emplois manufacturiers. Eh oh ! Nous parlons de la composition sectorielle de l’emploi, du déclin des emplois industriels et de l’essor des emplois de services.
vendredi 11 novembre 2016
La mondialisation est-elle responsable de la stagnation des salaires américains ?
« La victoire de Donald Trump est interprétée par beaucoup comme une violente réaction à la mondialisation. Pour moi, cela nous amène à nous poser la question suivante : quelle est la contribution de la mondialisation au déclin des revenus réels de nombreux travailleurs ?
dimanche 30 octobre 2016
Rien n’est gratuit
« Il y a un entretien intéressant avec Martin Shkreli dans le Financial Times. Shkreli, qui est devenu célèbre lorsque, après avoir acheté le brevet d’un médicament utilisé pour traiter le Sida, il en a multiplié le prix par soixante assume clairement le fait de jouer le rôle de mauvais garçon. Il ne regrette absolument pas sa décision et croit que ce qu’il a fait est tout à fait correct, dans la mesure où cette décision a permis de maximiser la valeur pour les actionnaires (shareholders). S’il le pouvait, il le referait sans hésiter.
vendredi 21 octobre 2016
Le néolibéralisme et l’austérité
« J’aime penser le néolibéralisme non pas comme un certain genre de philosophie politique cohérente, mais plutôt comme un ensemble d’idées interconnectées qui sont devenues monnaie courante dans de nombreux discours que nous pouvons entendre. Il y a l’idée selon laquelle le secteur des entreprises privées est le seul créateur de richesse et que l’Etat ne peut typiquement que se mettre en travers de leur chemin ; l’idée selon laquelle ce qui est bon pour les entreprises est bon pour l’économie, même quand cela accroît leur pouvoir de monopole ou implique une chasse à la rente ; l’idée selon laquelle les interférences des gouvernements ou des syndicats avec les entreprises ou les marché ne peuvent être que nuisibles. Et ainsi de suite. Aussi longtemps que ces idées décrivent l’idéologie dominante, personne n’a besoin de les qualifier de néolibérales.
vendredi 14 octobre 2016
Le Brexit et la livre sterling
« Est-ce que la chute de la livre sterling que le Brexit a provoquée est une bénédiction déguisée ? C’est ce qu’affirment Ashoka Mody et, dans une moindre mesure, Paul Krugman. Leur argument central est que le Brexit va nuire à la City, alors même que c’est la City qui a déséquilibré l’économie britannique et entraîné une surévaluation de la devise. La réduction de la taille du secteur financier constituerait une condition nécessaire pour que l’économie se rééquilibre et le Brexit peut mettre en œuvre un tel rééquilibrage.
mardi 11 octobre 2016
Quelques remarques sur le Brexit et la livre sterling
« Jusqu’à présent, la sévère récession que tout le monde évoquait au lendemain du référendum du Brexit ne semble pas se matérialiser en Grande-Bretagne, ce qui ne doit pas vraiment surprendre, parce que, comme je l’ai expliqué dans un précédent billet, les arguments économiques justifiant l’idée d’une telle récession sont très fragiles. (Aïe ! Je viens de me faire claquer un muscle en me félicitant !) Mais nous sommes les témoins d’une large chute de la livre, qui s’est accélérée lorsqu’il est devenu de plus en plus manifeste que la sortie de l’Union européenne ne se fera pas sans heurts. Que devons-nous en penser ?
lundi 10 octobre 2016
Oliver Hart, Bengt Holmström et la théorie des contrats
« Les contrats sont essentiels au fonctionnement des sociétés modernes. Les analyses d’Oliver Hart et de Bengt Holmström ont éclairé la façon par laquelle les contrats nous aident à gérer les conflits d’intérêt...
lundi 3 octobre 2016
Quelques nouvelles réflexions sur les modèles DSGE
« Plusieurs économistes ont récemment écrit à propos des avantages et inconvénients des modèles d’équilibre général stochastiques (dynamic stochastic general equilibrium models, DSGE). Outre moi-même, il y a eu Narayana Kocherlakota, Simon Wren-Lewis, Paul Romer, Steve Keen, Anton Korinek, Paul Krugman, Noah Smith, Roger Farmer et Brad DeLong.
mardi 6 septembre 2016
Macroéconomie des robots : que nous enseignent la théorie et sept siècles d’histoire ?
« Avec les progrès dans l’apprentissage machine et la robotique mobile, les robots peuvent finir par réaliser plus efficacement vos tâches que vous. Cette idée amène certains à prédire un chômage de masse, un surcroît de loisir ou un futur sans travail. Mais les innovations économisant le travail et les débats qui les entourent ne sont pas nouveaux. La reine Elisabeth a refusé un brevet pour une machine à coudre par peur qu’elle crée du chômage. Ricardo pensait que la technologie réduirait les salaires et Keynes avait prédit la semaine de travail de 15 heures pour 2030. […]
mardi 16 août 2016
Pourquoi le PIB ?
« Le produit intérieur brut est l’indicateur le plus puissant de l’histoire. Le département du commerce américain considère qu’il s’agit de "l’une des plus grandes inventions du vingtième siècle". Mais son utilité et sa résistance reflètent des réalités politiques et non des considérations économiques.
dimanche 31 juillet 2016
N’est-il pas temps de laisser tomber Rawls ?
« Le Droit des gens (The Law of Peoples) de John Rawls constitue un ouvrage majeur en philosophie politique à l’ère de la mondialisation. Il a été écrit en 1993. Il m’a absorbé au début des années 2000, lorsque je travaillais déjà sur les inégalités mondiales, une question qui était alors totalement nouvelle, entièrement ignorée, en économie. La seule chose en économie qui s’en rapprochait le plus était le théorème Heckschler-Ohlin-Samuelson (HOS) dans l'économie du commerce international, théorème selon lequel les inégalités salariales doivent diminuer dans les pays pauvres et augmenter dans les pays riches quand ils s’engagent dans les échanges commerciaux. Mais ce n’est qu’une facette des mondialisations, qui ne prend en compte que les salaires et néglige d’autres formes de revenu : elle laisse de côté les mouvements de capitaux, l’aide au développement, les mouvements migratoires, les délocalisations, etc. Rien de cela n’était vraiment discuté en économie (et beaucoup de ces thèmes ne le sont toujours pas) dans un cadre mondial et non simplement dans une cadre très limité, par exemple une modélisation à 2 biens et 2 pays. Mais les philosophes politiques avaient beaucoup de choses à dire à propos de tout cela.
samedi 2 juillet 2016
Comment défendre l’égalité (sans l’économie du bien-être) ?
« Lorsque j’ai récemment parlé à la Summer School de la Groningen University, j’ai commencé par la question de la mesure des inégalités en distinguant entre l’école italienne et l’école anglaise, telles qu’elles étaient définies en 1921 par Corrado Gini : "Les méthodes des auteurs italiens ne sont pas comparables à celles de Dalton, dans la mesure où leur propos est d’estimer, non les inégalités de bien-être économique, mais les inégalités de revenu et de richesse, indépendamment de toutes les hypothèses relatives par exemple aux relations fonctionnelles entre ces quantités et le bien-être économique ou encore relatives au caractère additif du bien-être économique des individus".
jeudi 30 juin 2016
La macroéconomie du Brexit : des raisonnements orientés ?
« […] Une grande partie de ce que j’entends à propos du Brexit et de ses conséquences économiques me dérange. Je suis convaincu que le Brexit est un événement dramatique, qui va entraîner de très lourds dommages économiques à long terme. Mais de nombreux économistes affirment qu’il va également avoir de très perverses répercussions à court terme. Ces affirmations sont discutables. Ou, pour être plus exact, ceux qui les tiennent ont beau prétendre qu’ils les déduisent de la macroéconomie standard, il n’est pas clair que ce soit le cas. Et je crains que cela […] finisse par égratigner davantage la crédibilité des économistes.

