lundi 27 avril 2026

Un hégémon industrieux ? Pourquoi l'Amérique d’aujourd’hui n'est pas semblable à la Grande-Bretagne édouardienne

« L'interaction entre inégalités et tensions internationales est une question pressante en ce début de vingt-et-unième siècle, d'où l'intérêt actuel pour les déséquilibres mondiaux. Pour beaucoup d’interprètes de notre conjoncture, il semble que nous régressions, tant en termes d'inégalités que de tensions internationales, vers une configuration qui rappelle de façon alarmante celle de l’ère d’avant 1914. Les chiffres des inégalités aux États-Unis ressemblent à ceux de la Belle Epoque. Et il y a l'argument du piège de Thucydide, selon lequel les puissances établies, jalouses, exacerbent les tensions pour freiner l’essor de potentiels concurrents. En 1914, l'Empire britannique était censé jouer ce rôle, repoussant l'Allemagne impériale. Aujourd'hui, ce sont les États-Unis qui font face à l’essor de la Chine.

Dans leur ouvrage Class Wars are Trade Wars, Pettis et Klein s'appuient explicitement sur J.A. Hobson, dont le livre Imperialism (1902) a inspiré les écrits ultérieurs de Lénine sur l'impérialisme. Hobson, un libéral radical, affirmait qu’une répartition des revenus, des richesses et du pouvoir en faveur des élites au sein des pays riches, notamment la Grande-Bretagne impériale, créait un blocage macroéconomique (la sous-consommation) qui les obligeait à exporter massivement du capital pour générer de la demande pour exploiter pleinement les capacités de l’industrie. Ces exportations de capital ont conduit aux conflits impérialistes. Hobson a trouvé sa principale source d’inspiration dans la guerre des Boers (1899-1902), au cours de laquelle la puissance de l'État britannique fut mobilisée pour soutenir les intérêts des grands investisseurs en Afrique du Sud contre la génération précédente de colons boers et leurs soutiens internationaux.

Pour Hobson, cet impérialisme était un phénomène nouveau, qu'il fallait nettement distinguer des projets de colonisation de peuplement qui avaient débuté au début de l'époque moderne, ainsi que de l'ère relativement bienveillante et impartiale de la domination impériale qu'il faisait remonter au milieu du dix-neuvième siècle. L'impérialisme succéda à l'Empire. Ce nouveau monde impitoyable, à somme nulle, où l'existence même des grandes puissances pouvait être remise en question (l'intuition clé de Paul Schroeder concernant 1914), s'était dessiné à la fin du XIXe siècle avec la fermeture de la frontière mondiale, l'émergence d'une nouvelle génération d'États-nations avides et les inégalités domestiques extrêmes de la Belle Epoque.

Pettis et Klein observent des dynamiques similaires à l'œuvre au début du vingt-et-unième siècle. Leur principale idée est que le conflit distributionnel en Chine (les énormes inégalités imposées par le régime du parti communiste chinois et ses alliés des milieux d’affaires) et dans d'autres pays excédentaires (comme l'Allemagne dans sa nouvelle ère néolibérale du début des années 2000) se traduit par des excédents commerciaux et des exportations de capitaux. Ceux-ci limitent les options des autres acteurs du système qui ne pratiquent ni la modération salariale, ni la manipulation du taux de change, ni le contrôle des capitaux. Dans ce régime de mondialisation manipulée, ce sont les États-Unis, avec leur demande de consommation insatiable et leurs immenses marchés financiers, qui finissent par absorber les excédents des autres pays.

En conséquence, les tensions commerciales se sont exacerbées après les années 2000, dans la mesure où les forces socio-économiques aux Etats-Unis se sont opposées au fardeau exorbitant que représente d’être le marché d'exportation du monde. Heureusement, Pettis et Klein ne vont pas jusqu'à déclarer qu’une guerre inter-impérialiste est inévitable. Comme ils le soulignent à juste titre, les implications de la théorie de Hobson étaient optimistes. La source du problème résidait dans le déséquilibre des pouvoirs au sein des pays excédentaires. Si la bonne coalition internationaliste pouvait être organisée contre les élites et les rentiers de tous bords, alors la mauvaise répartition des revenus, et par conséquent la mauvaise répartition chronique de la demande, pourrait être corrigée.

Ce qui est sous-estimé dans cette réinterprétation créative de Hobson pour le vingt-et-unième siècle (surtout lorsque Pettis et Klein sont associés à l’argument du piège de Thucydide), ce sont les différences stupéfiantes entre le monde que Hobson et ses contemporains critiquaient et le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

L'objet de la critique de Hobson était, après tout, l'empire britannique, l’acteur dominant du système international à l’époque. C'était la Grande-Bretagne qui générait les excédents et qui inondait le reste du monde de capitaux. À l'inverse, la critique de Pettis et Klein ne vise pas les États-Unis, mais des acteurs subordonnés comme l'Allemagne et des pays émergents comme la Chine. Pour Pettis et Klein, ce sont les exportations de capitaux de la Chine et les importations de capitaux des États-Unis qui sont source de tensions. La Chine est incontestablement puissante, mais elle n'est pas la puissance dominante. Elle est le prétendant.

Arrêtons-nous un instant pour analyser ce qui se passe ici. Au vingt-et-unième siècle, le "pays le plus riche" est un emprunteur net, et non un prêteur, contrairement à la situation de la Grande-Bretagne édouardienne. Au vingt-et-unième siècle, les investissements nets convergent vers le sommet : des pays à revenu intermédiaire (dans le cas de la Chine) ou à revenu élevé de tranche inférieure (dans le cas des pays avancés prêteurs) vers le sommet, c’est-à-dire Wall Street et les États-Unis à revenu élevé.

Dans le monde de Hobson, les flux allaient dans l’autre sens. Quels que soient les autres problèmes du monde d'avant 1914, cela avait au moins le mérite de faire sens. Les investissements affluaient vers le bas, des métropoles vers les périphéries en développement. En termes de PIB par tête, les pays recevant les capitaux comme l'Argentine au début du vingtième siècle étaient loin d'être pauvres. Mais ils étaient en développement (ce qui soulève une question concernant les États-Unis d'aujourd'hui, sur laquelle je reviendrai dans un prochain billet). Selon la thèse Hobson-Lénine, c'est la surenchère des pays riches pour diriger le développement impérial qui était à la source des tensions internationales. Cette lutte pour mener le développement est précisément le type de lutte que certains imaginent se dérouler aujourd'hui, lorsqu'ils réclament, par exemple, un nouveau plan Marshall vert. Mais, de facto, la Chine est le seul acteur majeur.

Pettis et Klein sont, j'en suis certain, pleinement conscients de ces différences. Leur analyse n'est pas une simple copie de la critique de Hobson, mais plutôt son reflet inversé, à l'image de notre monde aux multiples facettes. Mais lorsque leur thèse est associée au piège de Thucydide, elle séduit aisément. Il convient donc de souligner avec force l'ampleur des différences entre les années 1910 et les années 2020.

L'ancrage à l'or avant 1914 était général, ce qui excluait les monnaies fiduciaires et limitait considérablement la marge de manœuvre de la politique macroéconomique. La libre circulation des capitaux était totale, de même que celle de la main-d'œuvre pour les Européens. Néanmoins, l'ampleur des exportations de capitaux britanniques (principal point de critique de Hobson) était gigantesque. Les séries de données de long terme produites par la Banque d'Angleterre dans le cadre de sa contribution au débat actuel sur les déséquilibres mondiaux dressent un tableau éloquent. Durant les quarante années comprises entre 1870 et 1914, le Royaume-Uni (l’hégémon, non le nouveau challenger) a exporté davantage de capitaux, en termes relatifs, que le Japon et la Chine depuis les années 2000. Comme le montre le segment violet de ce graphique, en 150 ans d'histoire de l'économie mondiale moderne, aucun autre exportateur de capitaux n'a jamais égalé les sorties de capitaux de la Grande-Bretagne victorienne ou édouardienne.

Au fil du temps, l'accumulation des créances était gigantesque. Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, selon des sources contemporaines, le Royaume-Uni avait accumulé près de la moitié de toutes les créances étrangères internationales. Après la Première Guerre mondiale, les États-Unis la rattrapèrent rapidement, mais c'est l'immense stock de créances étrangères de la Grande-Bretagne qui lui permit de mener les deux guerres mondiales sans se ruiner. Comme on peut le voir sur le graphique de la Banque d'Angleterre, pendant une grande partie de la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni continuait d'exporter des capitaux à ses alliés. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques s'endettèrent fortement, notamment via le programme de prêt-bail. Mais il ne s'agissait que d'une brève période d'emprunts.

Bien qu’il y ait eu une importante composante impériale aux investissements britanniques à l'étranger, la majeure partie des capitaux sortant de la City de Londres allait dans des régions du monde qui n'étaient ni des colonies britanniques ni des possessions impériales, et en premier lieu aux États-Unis. Une énorme part était directement investie dans les infrastructures, notamment les chemins de fer : un sixième de ce portefeuille géant était consacré aux chemins de fer américains.

Les données permettent de comprendre pourquoi Hobson s'est concentré sur la guerre des Boers. En 1913, la Grande-Bretagne avait investi presque autant en Afrique du Sud que dans l'ensemble de ses vastes possessions d'Asie du Sud. Ce sont les investissements britanniques qui financèrent l'industrie pétrolière du Mexique. Et c'est également l'argent britannique qui finança le plus grand ranch d'élevage bovin au monde, le ranch XIT, au Texas. Comme l'écrit un historien texan : "Les investisseurs britanniques ont contribué à l'introduction de clôtures en fil de fer barbelé, d'éoliennes en acier, de puits profonds et de meilleures races de bétail dans le nord-ouest du Texas, ont expérimenté diverses cultures, ont embauché des contremaîtres d'élevage texans pour quelques milliers de dollars par an et des cowboys texans pour vingt-cinq à trente dollars par mois, ont payé les impôts qu'ils ne pouvaient éviter, ont complété les revenus de certains responsables publics et de nombreux lobbyistes, et enfin, en désespoir de cause, ont déployé des efforts considérables pour attirer des colons…"

Pour maintenir cette sortie nette de capitaux massive, le Royaume-Uni a dégagé un excédent du compte courant. Mais la composition de cet excédent est intéressante. Elle montre que les analogies avec les États-Unis contemporains sont superficielles. En termes macroéconomiques, du moins, la Grande-Bretagne édouardienne n’était pas dans une logique du "tribut impérial". C'était un hégémon qui travaillait dur.

Depuis l'époque victorienne, le Royaume-Uni, comme les États-Unis aujourd'hui, connaît un déficit commercial. Il a offert des marchés aux concurrents étrangers, alimentant un débat incessant sur le déclin national et la liquidation de l'"industrie britannique" par les élites. Hobson a participé au débat sur le déclin britannique, ajoutant à la confusion lorsqu'on l'évoque dans l'Amérique du vingt-et-unième siècle. Car, contrairement aux États-Unis actuels, les exportations britanniques de biens sont restées robustes et diversifiées, finançant la grande majorité des importations de biens. De plus, le déficit commercial était largement compensé par l'important excédent des revenus des services et, par l'excédent encore plus large des revenus patrimoniaux en provenance de l'étranger. Finalement, cela a généré un important excédent de la balance des transactions courantes, qui a ensuite été réinvesti, augmentant davantage l'excédent net des revenus patrimoniaux en provenance de l'étranger. Pendant de nombreuses années, sous les ères victorienne et édouardienne, l'excédent des revenus patrimoniaux a été supérieur au solde du compte courant, ce qui signifie que les nouveaux investissements à l'étranger étaient largement financés par les recettes des investissements existants. En effet, le compte d'investissement étranger fonctionnait comme une réserve de richesse auto-renouvelable.

Du point de vue de la stabilité hégémonique, il est difficile d'imaginer une meilleure combinaison : un flux de capitaux important et constant vers le bas, largement réparti à la périphérie de l'économie mondiale, fortement investi dans les infrastructures développementales et la dette souveraine, et un commerce largement ouvert permettant aux emprunteurs de rembourser leurs dettes grâce aux excédents commerciaux. Parallèlement, la Grande-Bretagne a maintenu un commerce d'exportation important et croissant tout en se tournant progressivement vers les services à forte valeur ajoutée.

Malgré toutes les inégalités sur lesquelles elle reposait et toutes les jalousies qu'elle a pu susciter, c’est le "beau idéal" de la mondialisation libérale. En ce qui concerne la classe ouvrière britannique, l'écart avec l'élite édouardienne était certes considérable, mais il y avait également un fossé important entre l'"aristocratie ouvrière" britannique et ses homologues européens. De toute évidence, l'exploitation impériale a contribué, en partie, à cet avantage, notamment en Inde et dans les colonies africaines. Mais la plus grande partie du surplus a été générée non par une extraction directe, mais par le fonctionnement normal du capitalisme mondial. Des investissements rentables en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Australie ont généré des rendements substantiels et des retombées supplémentaires sous forme de biens de consommation bon marché, notamment d’aliments importés, qui ont permis de soutenir le niveau de vie de la classe ouvrière britannique.

Bien sûr, cela a engendré des changements structurels en Grande-Bretagne, mais la principale différence avec les économies européennes comparables, comme l'Allemagne par exemple, n’était pas dans le prétendu déclin relatif de l'industrie manufacturière britannique (un sujet très controversé dans l'histoire économique britannique), mais dans la fin de l’agriculture paysanne inefficace. En 1911, il ne restait pratiquement plus de "paysans" au Royaume-Uni, hormis en Irlande où, pour des raisons politiques, Londres poursuivait une stratégie de "paysannisation".

Le modèle de mondialisation libérale du début du vingtième siècle n'a pas duré. Pourquoi ?

Il y a une explication étroitement britannique. Obsédés par le "déclin relatif", des générations d'économistes britanniques ont débattu de la question de savoir si les investissements étrangers élevés freinaient l'investissement domestique et, le cas échéant, si ce ralentissement était dû à une inclination anti-industrielle des élites (eh oui, les Britanniques ont aussi été les premiers sur ce sujet) ou à une demande domestique insuffisante (la thèse de la sous-consommation à la Hobson). Le cadre de cette argumentation reposait sur le "dépassement" par les États-Unis et l'Allemagne (une thèse illustrée de façon stéréotypée par Alfred Chandler dans Scale and Scope) et sur les données empiriques plus techniques du PIB alors disponible (les données de Feinstein ont joué un rôle clé), qui semblaient indiquer qu'aux alentours de 1900, la Grande-Bretagne connaissait un ralentissement de sa croissance, la fameuse thèse de la "climatère édouardien". Ce récit n'a pas résisté à l'épreuve des derniers travaux empiriques en histoire économique. Les données récemment révisées concernant le PIB, la productivité du travail et la PGF britanniques montrent une augmentation relativement constante de la croissance de la productivité tout au long de la Révolution industrielle, des années 1770 aux années 1870 ; une légère hausse et un choc à la baisse vers 1873 ; suivis d'une stabilisation sur un plateau élevé de croissance régulière de la productivité selon les normes historiques.

Les historiens économiques néo-polanyiens offrent une explication moins paroissiale de l'effondrement de la mondialisation de la Belle Epoque. Ils affirment que le succès même de la mondialisation dans la restructuration de l'économie mondiale a engendré une réaction de rejet de la part des perdants des conflits distributionnels. Les travailleurs des pays connaissant des immigrations massives ont embrassé le nativisme et la restriction de l'immigration. Les producteurs des économies dont les marchés étaient inondés d'importations sont devenus protectionnistes. Quiconque était fortement endetté avait des raisons de s'opposer à l'étalon-or, qui fournissait le cadre financier au régime. C'est ce que Karl Polanyi, dans La Grande Transformation (1944), a appelé le "double mouvement". On peut ainsi tracer une histoire contrefactuelle dans laquelle la mondialisation s'effondre au début du vingtième siècle sous le poids de son propre succès, indépendamment de ce qui est arrivé en 1914. La Grande-Bretagne n'était pas à l'avant-garde des vagues de protectionnisme et de nativisme qui ont déferlé sur le monde dans les années 1870 et 1890. Mais elle les a finalement connus. Comme l'ont montré David Edgerton et Martin Daunton, la Grande-Bretagne, au vingtième siècle, évoluera elle aussi vers une préférence impériale, puis vers la construction d'une économie nationale.

Mais le déclencheur immédiat de la chute de la mondialisation financée par les Britanniques ne résidait pas dans des forces économiques endogènes, ni dans une économie politique "néo-polanyienne". Il résidait dans l'explosion de la concurrence impérialiste lors de la Première Guerre mondiale, puis de la Seconde. La question de savoir si l'on considère ces guerres comme endogènes et économiquement induites est un débat à aborder ultérieurement. Pour ma part, comme je l'ai exposé ici, je penche résolument pour un modèle de guerre hégémonique à la Gilpin. La Première Guerre mondiale ne résultait pas principalement de la concurrence entre investisseurs impérialistes rivaux, mais de processus plus fondamentaux de développement inégal et combiné au sein de l'Europe, notamment centrés sur l'équilibre fragile entre les empires ottoman, habsbourgeois et tsariste, l'Allemagne jouant un rôle de facteur amplificateur, transformant ainsi le conflit en une lutte mondiale entre les puissances européennes.

En tout cas, ce sont les guerres, et non les écarts de productivité ou les réactions protectionnistes, qui ont défait le bilan du Royaume-Uni. Durant l’entre-deux-guerres, l’énorme excédent du compte courant britannique était menacé. La Seconde Guerre mondiale constitua un second désastre financier. Après ce conflit, le Royaume-Uni fut parfois contraint d'afficher un excédent commercial, une situation jusqu’alors inédite.

En bref, aussi utile que puisse être l'analyse hobsonienne générale des inégalités et de la demande globale pour comprendre notre monde contemporain, nous ne devons pas nous faire d'illusions : la situation que Hobson critiquait n'a que très peu de points communs, sur le plan structurel, avec le monde du vingt-et-unième siècle. Dans ses caractéristiques les plus fondamentales, l'économie mondiale d'avant 1914 était conforme à la théorie économique classique : les capitaux circulaient "vers le bas", des régions riches vers les régions pauvres. Le monde du vingt-et-unième siècle et la structure du pouvoir américain actuel sont bien plus étranges. »

Adam Tooze, « Hard-working hegemon? Why 21st-century America is not like Edwardian Britain », 26 avril 2026. Traduit par Martin Anota

 

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