mercredi 17 juin 2026

Bac 2026 : mon corrigé du sujet de SES (jour 2)

Voici mon corrigé pour l’épreuve de SES du deuxième jour. Encore une fois, je ne prétends pas qu’il soit juste et complet. (Et c’est pour l’instant une première ébauche, surtout pour la dissertation et plus encore pour l’EC3.) (Mon corrigé du sujet d'hier est ici.)

Que dire ? Le sujet de dissertation est moins embêtant que je ne le jugeais au premier abord. Je suis embêté par l’EC1 (j’en vois l’intérêt des tables de mobilité… mais je ne prétendrais pas en connaître « les » intérêts). Quant à l’EC3, elle est massive (bien plus que l’EC3 d’hier) : un tel sujet aurait pu faire l’objet d’une dissertation.

Dissertation

Dans quelle mesure la politique européenne de la concurrence atteint-elle ses objectifs ?

Le sujet porte sur une unique OA (la troisième, de tête, si je ne m’abuse). 

Dans l’introduction, il faut préciser que la politique de la concurrence (menée par la Commission européenne dans le cas de l'UE) vise à ce qu’il y ait un minimum de concurrence sur les marchés des biens et services. En effet, la concurrence pousse les entreprises à s’en démarquer. Elles sont donc incitées à réduire leurs prix (donc à réduire leurs coûts de production) et à diversifier leur offre, notamment en proposant des produits non commercialisés jusqu’alors, à proposer des variantes de meilleure qualité, etc. Cela les pousse donc notamment à innover (à réaliser des innovations de procédé, pour gagner en efficacité et réduire leurs coûts, et à réaliser des innovations de produits, pour diversifier leur offre). En définitive, la concurrence bénéficie au consommateur, puisqu’avec celle-ci il gagne en pouvoir d’achat et en diversité de produit : son bien-être augmente. La question de la concurrence est plus aigue dans le cas de l’Union européenne. En effet, la mise en place du marché unique vise précisément à stimuler la croissance économique des pays-membres en accroissant notamment la concurrence entre les entreprises ; sans minimum de concurrence, le marché unique ne peut donc pleinement 

I. La politique européenne de la concurrence passe par plusieurs modalités pour atteindre ses objectifs

Elle interdit et sanctionne les ententes (par exemple, lorsque les entreprises s’accordent pour ne pas se faire concurrence et pour augmenter leurs prix de vente), elle interdit et sanctionne les abus de position dominante (lorsqu’une entreprise en monopole ou quasi-monopole cherche à étouffer la concurrence, par exemple en faisant pression sur les distributeurs pour qu’ils ne distribuent pas les produits des concurrents ou en faisant pression sur les fournisseurs pour qu’ils ne fournissent pas les concurrentes, en adoptant des prix prédateurs… si bien que le marché risque de se retrouver avec des prix plus élevés et une moindre diversité des produits), elle régule et conditionne les opérations de fusions-acquisitions (qu’elle refuse si celles-ci risquent d’aboutir à un abus de position de dominante), elle encadre les aides publiques (parce que celles-ci génèrent des effets d’aubaine, parce que l’Etat manque d’informations pour identifier quelles entreprises ont besoin d’être aidées, parce que les subventions publiques créent une concurrence déloyale entre pays-membres, dans la mesure où certains en bénéficient davantage que d’autres) et elle cherche à ouvrir à la concurrence les monopoles publics (notamment parce que les entreprises en monopole public sont peu incitées à contrôler leurs coûts et à diversifier leur offre).

Cela passe notamment par la mise en place de sanctions vis-à-vis des comportements anticoncurrentiels : en général des sanctions pécuniaires dans le cas européen (contrairement au cas des Etats-Unis, où le recours à des peines d’emprisonnement est fréquent). Ces sanctions ont un rôle de dissuasion. Dans le cas de l’entente, les autorités européennes recourent à la « politique de clémence » : la première entreprise qui avoue sa participation à une entente en en présentant des preuves sera moins sanctionnée que les autres entreprises qui y ont participé, voire pas du tout sanctionnées. Cela augmente les incitations des entreprises à ne pas participer à une entente (puisqu’il y a un risque qu’elles se fassent dénoncer) ; cela facilite la détection des ententes par les autorités ; et cela facilite les procédures judiciaires (puisque pour profiter de la politique de clémence une entreprise doit fournir des preuves). Afin de déterminer l’intensité de la concurrence sur un marché, de déterminer si une entreprise nuit à la concurrence sur un marché, les autorités doivent déterminer le « marché pertinent », ce qui implique notamment de déterminer s’il y a des produits fortement substituables au produit concerné. 

II. La politique européenne de la concurrence fait toutefois face à plusieurs limites

Une politique de la concurrence stricte empêche l’apparition de « champions industriels », capables de rivaliser avec les entreprises étrangères (notamment américaines et chinoises). Les aides publiques peuvent tout à fait se justifier du point de vue du bien-être du consommateur, voire de la concurrence tout court : les subventions peuvent financer l’innovation (c’est-à-dire favorise la croissance économique), la transition vers une économie à bas carbone (ce qui rend la croissance plus soutenable à long terme)… et elles peuvent (c’est le cas de l’Airbus, fruit des subventions européennes, dont l’essor à permis à ce que le marché de la construction aéronautique soit un duopole, et non un monopole dominé par Boeing). Le monopole public peut être justifié, en particulier dans les secteurs de distribution d’énergie, où la présence d’énormes coûts fixes créent des économies d’échelle : sur de tels marchés, la production est plus rentable si elle est réalisée par une unique entreprise, ce qui permet au consommateur d’avoir des tarifs plus faibles que si la production était assurée par plusieurs entreprises). En outre, la libéralisation d’un monopole public peut avoir des effets pervers, surtout si l’activité repose sur l’exploitation d’un réseau : si plusieurs entreprises partagent un réseau, elles peuvent être désincitées à investir dans son entretien (comportement de passager clandestin).


Epreuve composée

Première partie : Mobilisation des connaissances (4 points) 

À l’aide de deux arguments, vous présenterez les intérêts des tables de mobilité comme  instrument de mesure de la mobilité sociale.

Les tables de mobilité permettent de mesurer la mobilité sociale, c’est-à-dire le déplacement des individus dans l’espace social (pour reprendre la définition de Pitrim Sorokin). Plus exactement, elles mesurent la mobilité intergénérationnelle, c’est-à-dire les changements de position sociale des individus par rapport à celle de leurs parents. C’est cette mobilité intergénérationnelle qui correspond à proprement parler à la mobilité sociale.

En pratique, une table de mobilité représente la PCS des actifs ou anciens actifs, généralement de 40 à 59 ans, et celle d’un de leurs parents (le père dans le cas des hommes ; le père ou la mère dans le cas des femmes). Si l’INSEE prend la PCS, c’est notamment parce qu’elle juge que celle-ci représente le mieux la position sociale d’un individu, puisque les individus composant une PCS ont un revenu, des conditions de travail… assez similaires ; si l’on prend la tranche d’âge de 40 à 59 ans, c’est parce que la situation professionnelle est généralement stabilisée sur cette tranche d’âge (c’est avant 40 ans et surtout avant 30 ans que les individus connaissent le plus de changements d’emploi et des progressions de carrière).

Quant à la comparaison des femmes par rapport à leur père que l’on faisait par le passé, elle s’expliquait par le fait que les femmes était moins souvent actives que les hommes, si bien qu’il était difficile de juger de la mobilité de leurs filles à leur égard ; mais depuis un demi-siècle, avec la féminisation de l’emploi, un tel problème ne se pose plus vraiment, dans la mesure où le taux d’activité des femmes a quasiment rejoint celui des hommes ; en outre, comparer la position sociale des femmes par rapport à celle de leur père peut être trompeur, dans la mesure où les femmes occupent en moyenne une PCS inférieure à celle des hommes (phénomènes du « plafond de verre », du « plancher collant »), ce qui tend à donner l’image d’un déclassement. 

Les tables de mobilité permettent ainsi de déterminer dans quelle mesure la société est mobile, dans quelle mesure la reproduction sociale est forte. Une très faible mobilité suggère une forte transmission des inégalités d'une génération à l'autre. Or, une société démocratique est basée sur la promesse implicite que le destin de chacun n'est pas déterminée par l'origine sociale. Ensuite, elle permet de voir dans quel sens s'effectue la mobilité sociale : les ascensions sociales sont-elles plus fréquentes que les déclassements ?

 

 

Deuxième partie : Étude d’un document (6 points) 



1. À l'aide des données du document et d’un calcul simple, vous caractériserez l’évolution du type de difficulté « pénurie de candidats » entre 2015 et 2025. (2 points) 

D’après les données de France Travail datant de 2025, en 2025 80,3 % des entreprises déclaraient envisager des difficultés à l’embauche en raison de pénurie de candidats, contre 73,2 % des entreprises en 2015. Sur l’ensemble de la période, la proportion d’entreprises déclarant subir une pénurie de candidats a donc augmenté de 7,1 points de pourcentage ; elle a augmenté d’environ 10 % ; elle a été multipliée par 1,1.

 

2. À l’aide du document et de vos connaissances, vous présenterez deux sources différentes de chômage structurel. (4 points)

Le chômage désigne la situation d’un individu qui n’a pas d’emploi, qui en recherche activement un et qui est immédiatement disponible pour travailler. Le chômage structurel est le chômage qui ne dépend pas de la conjoncture, de la demande globale ; c’est celui qui ne disparaît pas malgré la poursuite de la croissance économique. Il tient essentiellement au coût du travail, à la présence de rigidités (souvent liées aux institutions du marché du travail, en particulier le salaire minimum et la protection de l’emploi) et à des problèmes d’appariement (mismatching) : des chômeurs peuvent coexister avec de nombreux emplois vacants.

Le coût du travail et la protection de l’emploi peuvent contribuer à expliquer pourquoi 79,3 % des entreprises déclarent avec des difficultés à embaucher en raison d’un profil inadéquat des candidats et pourquoi 26,9 % des entreprises déclarent avoir des difficultés à embaucher en raison d’un manque de moyens financiers. Dans un contexte où les entreprises ne sont pas sûres des compétences des candidats et où il est coûteux et compliqué d’embaucher et de licencier (avec la protection de l’emploi), les entreprises peuvent avoir le sentiment de ne pas avoir « le droit à l’erreur », ce qui entraîne notamment de l’antisélection. 

Les problèmes d’appariement ont plusieurs sources. Des chômeurs peuvent refuser des emplois parce qu’ils jugent le salaire trop (ce qui peut être le cas si la générosité des prestations sociales les amène à relever leur salaire de réserve, c’est-à-dire le salaire en-deçà duquel ils refusent un emploi). Cela contribue à expliquer pourquoi 34,7 % des entreprises déclarent avoir des difficultés à embaucher en raison de la nature du poste proposé. Il y a des inadéquations de qualifications : les chômeurs n’ont pas les qualifications qu’exigent les emplois vacants. Les inadéquations de qualifications contribuent à expliquer pourquoi Il peut aussi y avoir des inadéquations spatiales : les chômeurs se concentrent dans certaines régions, tandis que les opportunités d’emplois se concentrent dans d’autres. Or, il y a des frictions dans la mobilité géographique : comme elles sont très demandées, les zones avec le plus d’opportunités d’emplois sont souvent marquées par des prix de l’immobilier élevées ; un chômeur peut avoir des difficultés à quitter une zone si c’est en son sein qu’il a l’essentiel de son réseau social ; les zones avec les emplois peuvent être difficiles d’accès, notamment si elles sont mal desservies par les transports… En l’occurrence, 19,2 % des entreprises déclaraient en 2025 avoir des difficultés à embaucher en raison de problèmes d’accès au lieu de travail. 

 

Troisième partie : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire (10 points) 

Sujet : À l’aide de vos connaissances et du dossier documentaire, vous montrerez que le revenu et le diplôme ne sont pas les seuls facteurs qui structurent et hiérarchisent l’espace social.

La société se compose de différents groupes, hiérarchisés les uns avec les autres. Il y a des inégalités entre ces groupes, si bien qu’on les qualifie d’« inégalités sociales » : certains groupes sont avantagés, donc d’autres désavantagés, dans l’accès aux ressources valorisées dans la société (la richesse, le pouvoir, la santé, les liens sociaux, l’amour…). Différents facteurs hiérarchisent ainsi l’espace social.

Nous montrerons que le revenu et le diplôme ne sont pas les seuls facteurs qui hiérarchisent l’espace social.

 

Le revenu joue évidemment un rôle clé. Plus le revenu est élevé, plus on peut consommer, épargner, se constituer un patrimoine, plus on peut satisfaire ses besoins, réaliser des projets de vie (accéder à la propriété, fonder une famille).

Le diplôme (qui certifie de la possession de certaines compétences) joue un rôle crucial dans l’intégration professionnelle, comme le note l’OCDE (doc 2) : plus on est diplômé, plus on a de chances d’avoir un emploi, en l’occurrence un emploi stable (CDI) bien rémunéré avec de bonnes conditions de travail. Pour certains économistes, les études accroissent la rémunération dans la mesure où elles accroissent l’efficacité au travail (théorie du « capital humain ») ; pour d’autres, les études n’offrent pas forcément les compétences attendues par le monde du travail, mais elles permettent aux plus efficaces de montrer leur efficacité aux employeurs (le diplôme constitue un « signal »). Pour les sociologues, notamment Bourdieu, le diplôme est une composante du capital culturel (sa forme « institutionnalisée »). Il joue le rôle de « barrière » (notamment au sens de Goblot) : il permet à ceux qui le possèdent de se démarquer des autres. 

Pour l’INSEE, la catégorie socio-professionnelle (CSP) résume le mieux la position sociale d’un individu : les membres d’une PCS tendent à avoir des revenus assez similaires, des styles de vie proches… La CSP joue directement sur le revenu (en particulier le salaire), les conditions de travail… 

Il y a des inégalités selon le genre. Relativement aux hommes, les femmes gagnent moins de revenus et participent moins politiquement. D’après les données de l’INSEE (doc 1), le salaire médian des femmes est de 2183 euros, soit 4 % inférieur à celui des hommes. Non seulement les femmes militent moins (du moins en termes de militantisme syndical et partisan), mais elles sont aussi peu présentes parmi les élus. La moindre rémunération tient avant tout au fait que les femmes travaillent moins que les hommes : elles sont moins souvent actives et, lorsqu’elles travaillent, elles font moins d’heures supplémentaires et sont plus souvent à temps partiel. Cela s’explique notamment par les inégalités dans la répartition des tâches domestiques : les femmes sont contraintes en termes de temps, en particulier par la garde des enfants en bas âge. Les femmes occupent des emplois moins rémunérateurs que les ceux des hommes, moins souvent qualifiés (phénomène ; elles sont notamment très présentes dans les emplois du care. Cela s’explique notamment par les choix d’orientation : les femmes s’orientent plus souvent dans études littéraires et moins souvent dans les études scientifiques. Aussi bien dans le monde du travail que dans le monde politique, les femmes rares parmi les positions les plus hauts placés dans la hiérarchie, un phénomène que l’on qualifie de « plafond de verre »). Enfin, aussi bien dans le monde du travail que dans le monde politique les femmes subissent des discriminations. Même à temps de travail donné et à poste donné, les femmes sont moins rémunérées que les hommes. Tout cela tient notamment à la socialisation genrée : les femmes sont plus soucieuses d’autrui et recherchent moins la compétition que les hommes. 

La position dans le cycle de vie (l’âge) joue. Les jeunes sont très exposés aux emplois précaires (CDD) et aux prix de l’immobilier élevés, ce qui complique particulièrement leur accès au logement, et ce d’autant plus qu’ils n’ont guère accès aux prestations sociales (l’obtention du RSA avant 25 ans est très conditionnée). Le pouvoir politique est excercé de façon disproportionnée par les plus âgés. Les (plus) jeunes sont exclus de la vie politique : s’il y a un âge minimal pour pouvoir s’inscrire et ainsi vote, il n’y a pas d’âge maximal. 

La composition du ménage joue. Plus celui-ci a de membres, plus les besoins (financiers) sont importants ; les ressources (les revenus) dépendent surtout du nombre de membres (généralement les parents) qui travaillent. Par rapport aux familles de modèle « traditionnel », les familles monoparentales sont plus exposées à la pauvreté. Cela joue notamment sur le statut d’occupation, comme le montrent les données de l’INSEE datant de 2020 (doc 3). 74,6 % des couples sans enfant sont propriétaires de leur résidence principale, contre 37,9 % des familles monoparentales. Autrement dit, un couple sans enfant a environ 2 fois plus de chances d’être propriétaire qu’une famille monoparentale. 

Le lieu de résidence (le pays, la région, la ville, le quartier, la rue…) joue également. Certains espaces ont plus d’opportunités d’emplois, sont mieux desservis, ont plus accès aux services publics, possèdent davantage de commerces, de sites sportifs, culturels, etc. Les campagnes, certains quartiers des villes, les territoires désindustrialisés en sont relativement dépourvus.

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