« Alors que j'étais en train de travailler sur l’économie européenne, je me découvre quelque peu insatisfait par les nombreuses comparaisons entre les Etats-Unis et la zone euro [...]. Pourquoi ? Pour la même raison que vous devez être prudent lorsque vous dressez un portrait pessimiste du Japon : la démographie.
samedi 30 avril 2016
Quand l’Europe a sombré
jeudi 14 avril 2016
La faible croissance est une réalité dans le monde d’après-crise
« Une fois passées les phases aiguës de la crise financière et de la crise de l’euro, il est devenu manifeste que les économies avancées mettraient du temps à se rétablir. L’histoire des crises financières passées nous a clairement montré que la reprise est généralement longue et douloureuse suite à celles-ci.
jeudi 7 avril 2016
Les effets économiques de l’incertitude
« Ce "tour d'horizon" (Roundup) se penche sur la littérature consacrée aux effets de l'incertitude sur l'activité économique. On entend généralement par incertitude l'incapacité des agents à formuler des anticipations claires à propos de la trajectoire future des variables économiques pertinentes. Après avoir motivé l'analyse du point de vue de la politique économique, ce tour d'horizon décrit les principaux canaux par lesquels l'incertitude affecte l'économie. Il évoque ensuite les difficultés que l’on rencontre lorsque l’on cherche à estimer empiriquement cet effet et les développements récents de la littérature.
samedi 2 avril 2016
L’hôtel de Schumpeter, les inégalités de revenu et la mobilité sociale
« Dans l’un des rares passages où il fait référence aux inégalités, Joseph Schumpeter a utilisé une métaphore pour illustrer la différence entre les inégalités que nous observons à un moment donné et la mobilité sociale (ou intergénérationnelle). Supposons, comme l’écrit Schumpeter, qu’il y ait un hôtel dont les étages supérieurs ne peuvent accueillir que peu de personnes et dont les chambres sont très agréables. A tout moment, il y a plein de gens dans les étages inférieurs, passant la nuit dans de petites chambres étroites, et juste quelques personnes dans les chambres agréables et confortables dans les étages supérieurs. Mais imaginons que les hôtes changent de chambre chaque nuit. C’est ce que fait la mobilité sociale selon Schumpeter : à chaque instant du temps, il y a des riches et des pauvres, mais à mesure que les nuits passent, les riches d’aujourd’hui peuvent être les pauvres d’hier et vice versa. Les hôtes dans les étages inférieurs (ou du moins leurs enfants) peuvent réussir à atteindre les étages supérieures, ceux au sommet peuvent se retrouver dans les étages inférieures.
mercredi 24 février 2016
Les vagues de Kuznets… ou comment les inégalités de revenu croissent et décroissent à très long terme
« En 1955, lorsque Simon Kuznets écrivait à propos de l’évolution des inégalités dans les pays riches (et un couple de pays pauvres), les Etats-Unis et le Royaume-Uni connaissaient alors l’une des plus fortes baisses des inégalités de revenu que l’on ait pu enregistrer au cours de l’histoire, couplée à une croissance rapide. Il semblait alors évident qu'il fallait parvenir à identifier les facteurs derrière la baisse des inégalités et Kuznets a pour sa part mis en avant le rôle joué par le développement de l’éducation, par la baisse des écarts de productivité entre les secteurs (donc par l’égalisation des composantes des salaires correspondant à des rentes), par la baisse du rendement du capital et par les pressions politiques en faveur d’une plus grande redistribution des revenus. Il se pencha alors sur l’évolution des inégalités au cours du siècle passé et estima que les inégalités avaient augmenté, et ce en raison de la réallocation de la main-d’œuvre du secteur agricole vers l’industrie, puis qu’elles avaient atteint un pic dans le monde développé quelque part autour du début du vingtième siècle. Il conçut alors ce qu’on appela par la suite la "courbe de Kuznets" (Kuznets curve).
mardi 16 février 2016
Y a-t-il des arguments justifiant une inflation supérieure à sa cible ?
« La théorie monétaire standard suggère que le taux d’intérêt nominal de court terme doit être réduit pour stimuler l’économie lorsque la demande globale est insuffisante, que la production est inférieure à son potentiel et que l’inflation est faible, c’est-à-dire lorsque les ressources économiques (notamment la main-d’œuvre) ne sont pas pleinement utilisées. Cependant le taux d’intérêt nominal est borné ; il peut difficilement aller en-deçà de zéro. En théorie, Eggertsson et Woodford (2003) ont montré que lorsque les taux d’intérêt nominaux sont contraints par leur borne zéro (zero lower bound), il est opportun pour la banque centrale de laisser l’inflation aller au-delà de sa cible pour accélérer la reprise de l’activité économique réelle.
vendredi 12 février 2016
Les aspects structurels des inégalités
« Malgré l’attention sans précédents que les inégalités de richesse et de revenu ont reçue lors de la campagne présidentielle qui se tient cette année aux Etats-Unis et lors de diverses autres élections qui ont récemment eu lieu en Europe, on ne peut qu’avoir l’impression que, pour plusieurs politiciens centristes, les inégalités sont juste un problème passager. Ils croient que lorsque la croissance retrouvera son rythme de 2 ou 3 % par an et que le chômage retournera à 5 % (ou tout du moins à un seul chiffre dans le cas de l’Europe) les gens vont juste oublier les inégalités et que la situation reviendra à ce qu’elle était il y a deux décennies. Personne ne s’inquiéterait de nouveau des inégalités.
lundi 8 février 2016
L'expansion américaine va-t-elle mourir de vieillesse ?
« Les récents indicateurs économiques montrent que la croissance économique des Etats-Unis a considérablement ralenti. Après correction des chiffres par rapport à l’inflation, il apparaît que la production agrégée s’est peu accrue durant les trois derniers mois de l’année 2015. […] Les récessions sont notoirement difficiles à prévoir. Cependant, beaucoup estiment qu’une expansion vieillissante est forcément de plus en plus fragile et de plus en plus susceptible de s’achever en récession. Les prédictions de l’occurrence prochaine d’une récession (suggérant qu’il est "grand temps" que l’activité se retourne) se sont récemment multipliées, parce que la reprise actuelle, qui dure depuis six ans et demi, est déjà relativement longue. Par exemple, Rebecca Jarvis, de la chaîne ABC News, a demandé à Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, son avis sur la question […]: "Je pense que l’idée selon laquelle les expansions meurent de vieillesse est un mythe. Je ne pense pas qu’elles meurent de vieillesse. Donc le fait que cette expansion dure depuis longtemps ne m’amène pas à penser que ses jours soient comptés".
lundi 12 octobre 2015
Consommation, pauvreté et bien-être : zoom sur les travaux d’Angus Deaton
« La consommation de biens et services contribue fortement au bien-être de la population. Le lauréat, Angus Deaton, a approfondi notre compréhension de divers aspects de la consommation. Ses travaux s’intéressent à des questions très importantes pour le bien-être humain, en particulier dans les pays pauvres. Les travaux de Deaton ont grandement influencé à la fois la mise en œuvre de politiques pratiques et la communauté scientifique. En précisant les liens entre les décisions de consommation individuelles et les conséquences pour l’ensemble de l’économie, son œuvre a contribué à transformer tant la microéconomie que la macroéconomie et l’économie du développement modernes.
samedi 2 mai 2015
Solow sur les rentes et le découplage entre productivité et salaires
« Les difficultés à expliquer les variations atypiques du ratio capital sur travail, de la productivité par travailleur et des salaires réels ont récemment amené certains à chercher à réconcilier les faits avec l’économie néoclassique, à faire quelques ajustements dans le paradigme néoclassique ou bien à changer tous les deux. J’ai déjà parlé de la tentative de Joseph Stiglitz de distinguer entre le capital productif (K) et la richesse monétaire (W) pour expliquer pourquoi les ratios richesse sur production ont pu augmenter (comme le souligne Thomas Piketty) dans un contexte de stagnation des salaires.
mercredi 15 avril 2015
L’austérité et la fée confiance
« Francesco Saraceno nous rappelle les jours, pas si lointains que ça, où certains croyaient en la fée confiance (c’est-à-dire l’idée selon laquelle l’austérité budgétaire puisse stimuler l’activité). Il se penche sur une récente étude de la BCE montrant que la confiance (telle qu’elle est mesurée par les enquêtes) chute clairement suite à l’austérité budgétaire. La fée confiance ne secoue pas sa baguette pour améliorer les choses ; en fait, elle peut aggraver les effets de l’austérité budgétaire.
jeudi 20 novembre 2014
Un guide (sceptique) aux institutions (2/3)
« C’est le deuxième billet d’une série sur la littérature empirique sur les institutions que je couvre dans mon cours sur la croissance et le développement. Dans le premier billet, j’ai examiné comment la première génération de cette littérature a mal utilisé les mesures transnationales (cross-country) des institutions dans leurs régressions mal identifiées.
mardi 18 novembre 2014
Un guide (sceptique) aux institutions (1/3)
« Je commence une série de séances sur les institutions dans le cadre de mon cours sur la croissance et le développement. Par préférence révélée, pour ainsi dire, je prends au sérieux la littérature sur les institutions. Mais elle pose certains problèmes. [...]
lundi 17 novembre 2014
Quelques réflexions sur Thomas Piketty
Recension du Capital au XXIe siècle
« Un ami qui a récemment lancé à Belgrade un nouveau magazine en anglais, intitulé Horizons, m'a demandé si j'accepterais de publier dans ce magazine soit une version révisée de ma critique de Piketty parue dans le numéro de juin du Journal of Economic Literature (une version presque identique est disponible ici), soit d'écrire une recension entièrement nouvelle. J'ai choisi la deuxième option. Voici le texte.
lundi 13 octobre 2014
Pouvoir de marché et régulation : les contributions de Jean Tirole
« Jean Tirole est l’un des économistes les plus influents de notre temps. Il a fait d’importantes contributions dans plusieurs domaines de recherche, mais il a surtout clarifié comment nous pouvons comprendre et réglementer les secteurs qui sont dominés par une poignée d'entreprises. Tirole se voit décerner cette année le prix pour son analyse du pouvoir de marché et de la régulation.
jeudi 2 octobre 2014
Le monde de l'étrange : r peut-il être supérieur à g sans que les inégalités augmentent ?
« J’ai récemment discuté du livre de Piketty (encore une fois) avec mon ami Mario Nuti. Je lui ai dit qu'il est possible, selon moi, d'avoir un taux de rendement du capital (r) supérieur au taux de croissance du revenu (g) sans pour autant que les inégalités n’augmentent, dans les conditions les plus simples et dans les limites très étroites du modèle de Piketty. Après mon explication, Mario m'a encouragé à la publier sur un blog. C'est donc ce que je fais à présent : je retranscris essentiellement les notes que j'ai prises lors de ma lecture du Capital au XXIe siècle.
mercredi 1 octobre 2014
Les cicatrices permanentes de l’austérité budgétaire
« L’impact de la consolidation budgétaire sur la croissance du PIB a probablement suscité plus de controverses que n’importe quel autre débat depuis le début de la crise financière mondiale de 2008. Quelle a été la taille des multiplicateurs budgétaires ? La contraction des dépenses publiques peut-elle stimuler l’économie ? Il y a bientôt deux ans, Olivier Blanchard et Daniel Leigh, deux économistes du FMI, publièrent un document de travail où ils affirmaient que les organisations internationales, le FMI inclus, avaient sous-estimé la taille des multiplicateurs budgétaires. Ils affirmaient que le vrai multiplicateur n’ait pas de 0,5, comme on le supposait jusqu’alors, mais plutôt d’environ 1,5 : en d’autres termes, un dollar de dépense publique en moins se traduirait par une baisse du PIB de 1,5 dollar.
mercredi 17 septembre 2014
Les Italiens ont-ils été trop productifs ces deux dernières décennies ?
« La crise de 2008 s’est traduite par de fortes révisions à la baisse de la croissance potentielle de la plupart des pays avancés. Comme la production s’est effondrée, nous avons révisé à la baisse ce que l’on anticipait comme faisable à long terme. Cela nous a amenés à réviser nos estimations de la production potentielle. D’un prévisionniste à l’autre, ces révisions sont plus ou moins pessimistes et certaines d’entre elles sont vraiment sombres.
samedi 23 août 2014
Monsieur Piketty et les classiques
« Lors d'un séminaire à Oslo le 4 septembre, on m'a demandé (alors que je ne m'y attendais pas) de parler de l'importance des récents travaux de Piketty pour la science économique et en particulier pour l'économie des inégalités. J'ai alors décidé de rassembler quelques réflexions dans une brève note. La voici.
samedi 28 juin 2014
Comment expliquer la révolution des nouveaux classiques
« Dans le récit historique de la pensée macroéconomique que j’ai dressé dans un précédent billet, je décris la contre-révolution nouvelle classique comme méthodologique et idéologique. Elle a réussi car, selon moi, trop d’économistes étaient insatisfaits du fossé qui existait alors entre la méthodologie utilisée en microéconomie et la méthodologie utilisée en macroéconomie.

